Par K. Selim pour le Quotidien D'Oran
Quel est le rêve à peine caché de la plupart des dirigeants et gouvernements arabes ? Se réveiller par un beau matin, toujours au pouvoir, et découvrir que la question palestinienne qui gâche leur béatitude repue a subitement disparu du radar politique. Dans un système mondial dominé par la force et l'argent, ceux qui résistent et continuent de réclamer des droits bafoués font figure de trublions, de gêneurs, d'empêcheurs de pomper dans la sérénité.
L'attitude saoudienne à l'égard du mouvement Hamas, à qui elle reproche son supposé «aventurisme», en est la plus parfaite illustration, la plus brutalement franche comparativement aux circonlocutions des Egyptiens et des Jordaniens. En quoi consiste donc l'aventurisme du Hezbollah ? De ne pas savoir qu'il existe une disproportion des forces avec Israël ? C'est bien entendu une plaisanterie, le mouvement de résistance libanais ne s'est jamais caractérisé par les raccourcis analytiques.
En réalité, ce qui gêne les responsables arabes est que le déséquilibre des moyens ne signifie pas, pour le Hezbollah comme pour les résistants palestiniens, accepter le fait accompli et se soumettre. Cela, les Algériens le comprennent parfaitement... Ergoter avec mauvaise foi sur la différence entre résistance légitime et aventurisme ne parviendra jamais à masquer l'image de capitulation et de servilité que les régimes arabes offrent dans leurs relations avec les Occidentaux.
Si les actions de la résistance palestinienne et du Hezbollah sont aventuristes, il faudrait alors se poser la question pour savoir ce que le «réalisme» des régimes arabes a apporté depuis plus de quinze ans. La réponse est rapide: rien. Juste un mépris grandissant des Américains à leur égard, leur certitude qu'ils ne doivent être traités qu'en vassaux qu'on rétribue par quelques déclarations formelles et que l'on punit par des bombes et la destruction.
La leçon saoudienne est d'autant plus malvenue qu'Israël assassine depuis des mois les Palestiniens dans l'indifférence générale et que ces tueries sont effectuées avec la complicité effective des «amis» occidentaux et du parrain américain.
On pourra désormais y ajouter, sans se tromper, la complicité supplétive du «réalisme» des dirigeants arabes. On pourra toujours discuter dans la presse ou ailleurs pour savoir si l'action du Hezbollah était «opportune», mais on aurait pu se passer de la leçon de réalisme administrée à un pays sous les bombes et où même les civils en fuite se font massacrer.
A défaut de vouloir ou d'être capables de manifester une solidarité effective avec les Palestiniens et les Libanais, les gouvernants arabes feraient mieux de se faire discrets et de cultiver ce qu'ils savent le mieux: se taire.
La rue arabe, que l'on décrie un peu trop facilement pour son émotivité, n'est pas dénuée de raison et elle n'a pas tort de refuser un réalisme qui rime avec défaitisme, renoncement national, voire collusion objective avec les national-racistes de Tel-Aviv et leur sponsor américain. Comment ne pas comprendre, avec la tête et avec le coeur, cette rue qui dit largement, quand elle le peut, qu'elle préfère la réelle dignité des résistants à l'intelligence factice des diplomates de la reddition qui se drapent aujourd'hui dans les oripeaux du réalisme ?
Et ce n'est pas les non-réponses apportées hier par les ministres arabes qui feront changer d'avis. Voir un diplomate émirati et le secrétaire général d'une Ligue arabe folklorique arborer des mines réjouies en éludant les questions des journalistes, donnait un singulier sens au mot réalisme