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Version complète : Réflexions
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Nagham
Réflexions sur le chaos libanais

" Non mon ami
l'apatride
n'a pas nécessairement fui sa patrie
Mais elle l'a fui
certes mon ami " Nadia Tuéni


Il me semble, parfois, que ma patrie me fuit à la vitesse de la lumière. Tel un songe fulgurant, ma terre m'échappe par moments, me laissant un arrière- goût de peur, et cet effroi de la " perdre un jour sur le chemin ". Oh quel désastre ce serait pour moi ! Pour moi qui sens vivre chaque grain de ma patrie dans mes poumons, qui savoure la respiration de chacune de ses fleurs, et le roucoulement de ses eaux agressées. Pour moi qui communie avec ses champs, ses plantations de bananes, ses orangers et ses montagnes rocheuses. Pour moi qui, certains soirs, entend sourdre les spectres des enfants carbonisés à Qana, et gronder les larmes des veuves éplorées. Pour moi qui vénère son argile plusieurs fois repue de sang- de la sève des innocents et des héros, comme de la suie des criminels. Pour moi qui reçois en pleine figure son haleine souffrante de femme malingre, qui se débat pour survivre et vivre.
Des fois, oui, des fois, l'envie me prend de délivrer sa glaise bénie de ces millions de charlatans au nom de citoyen qui la souillent, et la violent, de ces griffes indélicates, de ces fils incestueux !

Mon pauvre pays....
Le Liban, cette patrie lacérée, émiettée, broyée par tous les conflits et toutes les convoitises.
Le Liban...

Le Liban prostré par une crue de haine, le Liban inondé par les marées du deuil, impitoyables et sanguinaires, et qui fauchent les derniers rayons d'espoirs vivants, le Liban en ébullition, et qui récuse : les régicides infamants qui paralysent Beyrouth, les griffes incendiaires qui incinèrent l'aurore, et l'épouvante qui se veut lot et vérité de toute une patrie. Le Liban qui s'insurge et qui refuse : les fumées asphyxiantes de l'Apocalypse, les maillons sanguinaires d'une époque périmée, et les carcans rédhibitoires qui étouffent sa jeunesse. Non, plus jamais : de déflagrations, de guerres et de sang. L'ère des cataclysmes est révolue. Le peuple, uni et soudé, forgera un nouvel édifice, robuste et inébranlable. Il en sculptera méticuleusement le socle, alliage précieux de fraternité, d'unité nationale, et de respect inconditionnel. Puis il en superposera les différentes couches, en ratissera les surfaces, et en écumera les murs, y insufflant son haleine revigorante. Puis il en polira amoureusement les portails majestueux, veillant jalousement sur l'ouvrage fondateur, protégeant le trésor contre toute brise malencontreuse, couvant et fignolant, le front couronné d'une sueur salutaire et honorable. Peut- être qu'alors, l'avenir sourira au pays meurtri. Oui, peut- être qu'alors, les prémisses de la prospérité bourgeonneront, embaumant le territoire vénéré.
Mais, soudain... l'impensable ( ?). Le voilà qui s'écroule, l'édifice incontournable. Le voilà qui s'abîme dans la poussière du rêve démoli, catapultant les restes de la nation au fond des abysses de l'oubli.
Devrions- nous faire nos Adieux aux lendemains souriants ?
Car il était beaucoup plus vulnérable qu'on ne l'avouait, le monument prestigieux dont on se targuait. Car il était complètement avarié, le socle nourricier. Et cave. Et rongé par les poisons pestilentiels des dédains masqués et des haines souterraines. Adieu donc patrie lumineuse. Il n'était rien qu'un amas de rancunes inconcevables, votre édifice glorieux. Et vous y puisiez tout le fiel nécessaire à votre survie. Et tous ces épithètes putrides dont vous parez vos textes salvateurs. Et vous vous abreuviez des turpitudes innommables afin de vous imbiber de morgue, de ce carburant qui muera vos mains, messagères du mépris, quand se résorberont les barrières entre liberté et invective, et que mugira l'irrespect total du haut de son piédestal de boue.
Car aucune liberté ne survit à l'injure, au mépris, à la méfiance ou à la haine. Aucune. Non, pas un iota de liberté ou de dignité. Rien.....

Fascinant ce que ce petit pays peut abriter de hargnes et de dédains !
Fascinant !

Et je crie toujours, je hurle, non, ma terre, non, ne me fouit pas, je t'en conjure, ne me fuit pas ! Oh non, je recueillerai ta sueur dans mes palmes et je m'en aspergerai, mais ne me fuit pas.... ne me fuit pas.....je t'en conjure...

Et je m'agrippe de toutes mes forces à ses artères et je récite, comme en prière :

" J'appartiens à ma folle terre ; je la crée par ma mort, et son visage brûle de milles regards plus incandescents que la faim.
Je ne suis libre que de sa permanence.
Intacte de toute parole étrangère à ses lois.
Je demeure, dans la volupté du prisonnier, parcourue par ses mains retrouvées, prêtresses de toutes mes vies. " Nadia Tuéni








omar
Nagham,

Tu as une manière de parler de ton pays qui poussen à l'admiraation de cette terre et des hommes qui l'habitent.
L'on ressent , au travers de tes mots, des leur alignment et de la façon de les dire, la passions que habite chaque libanais s'agissant de la pesception qu'il a de son pays, de son histoire ancienne et récente!
Je suis d'autant plus sensible à ce cri de douleur et d'espoirn, que je sui originaire d'un autre beau et magnifique pays qui s'est trouvé, par la faute de la folie des hommes et de leurs fantasmes suicidaires, confronté aux mêmes démons destructeur et auteurs de beaucoup de malheur.
Ton pays, perle d'orient, dispose en sson sein des ingédients d'une revanche sur les vicissitudes de l'histoire et des moyens de se transposer dans une diemsion régie par la sagesse retrouvée et les démons enchaînés à jamais
Nagham
Merci omar.
Mon pays est, je pense, une des perles d'Orient, mais la plus grande perle d'Orient est, et restera- j'espere- l'Irak.
Ce pays magnifique est doté de l'Histoire la plus grandiose et la plus prestigieuse qui soit!
Un pays qui- des Monghols aux cow- boys- a du essuyer les convoitises les plus destructrises et les plus barbares.
Nagham
Je ne crains qu'une loi
celle de la mise au ban.
Refusant tout autre stigmate,
Je suis berger de mes vices,
allumeur de bûchers, sur le corps de l'Histoire.
Je baisse la voix pour mieux entendre
les multiples de mon appartenance,
et les chôyer, ô les comprendre,
et savoir, que multiple veut dire, Pays.
Semblables et non semblables,
ô fleurs d'un même ciel,
oiseaux d'un seul climat,
et vaisseaux d'un même âge,
nous,
au bord du Moyen- Orient.


Nadia Tuéni
Archives sentimentales d'une guerre au Liban
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