TUNIS (AFP) - L'armée s'est déployée samedi à Redeyef (350 km au sud-ouest de Tunis) où le calme est revenu au lendemain d'affrontements qui ont fait un mort et plusieurs blessés sur fond de chômage et revendications sociales, a indiqué un porte-parole du mouvement de protestation sociale.
"La situation est relativement calme et la population a été apaisée par le déploiement de l'armée qui a pris le contrôle des principaux points de la ville", a indiqué un porte-parole du mouvement de protestation sociale, Adnane Hajji, joint par téléphone à Redeyef.
"Les renforts militaires --une quarantaine de camions et des blindés-- ont commencé à se déployer dès la nuit de vendredi et devraient permettre le retrait des Brigades de l'ordre public", a estimé ce dirigeant syndical.
Les militaires devaient prendre la relève de ces unités spécialisées dans la répression de troubles publics et les autorités ont promis des compensations aux habitants et commerçants de Redeyef, dont des biens auraient été volés ou saccagés par des agents de l'ordre, selon M. Hajji.
Les affrontements ont fait un mort et huit blessés -cinq manifestants et trois policiers--, selon un bilan gouvernemental, et un mort et 28 blessés, selon des sources syndicales.
Le ministre tunisien de la Justice et des droits de l'Homme Bechir Tekkari qui a dit "regretter" samedi la mort d'un manifestant, a démenti que des actes de vols et pillage aient été commis par des agents de l'ordre.
"Nous regrettons cet incident d'autant que ces troubles sont exceptionnels en Tunisie", a-t-il déclaré à la presse, expliquant que les forces de l'ordre étaient intervenues "conformément à la loi" pour neutraliser des individus qui fabriquaient des cocktails Molotov.
M. Tekkari a souligné la détermination des autorités à empêcher toute menace à l'ordre public. "Nous ne tolèrerons aucun recours de la violence et refusons qu'un point de vue quelconque soit imposé à l'Etat par la force", a-t-il déclaré en référence aux revendications sociales dans la région.
Le ministre s'est inscrit en faux contre un "recours exclusif à l'option sécuritaire", évoquant un train de mesures gouvernementales pour résoudre les problèmes sociaux et satisfaire la demande d'emploi.
Des manifestations sporadiques ont lieu depuis le 5 janvier dans la région de Gafsa, riche en phosphates, pour dénoncer le chômage, le renchérissement du coût de la vie, la corruption et le clientélisme, selon les dirigeants du mouvement de protestation.
Redeyef, ville de 30.000 habitants abritant la plus ancienne mine de phosphates, est le principal foyer de cette agitation, qui gagné des villes minières de Metaloui et Oumlaraies.
Des sources de l'opposition ont fait état d'un début de mécontentement cette semaine à Feriana, au nord de Gafsa, dans l'ouest tunisien.
Les manifestations ont été déclenchées le 5 janvier à Redeyef par la manipulation supposée au profit de certains notables d'un concours de recrutement à la Compagnie des phosphates de Gafsa (CPG), principal employeur de la région.
Selon des témoins joints par téléphone, des centaines d'habitants de Redeyef ont participé samedi "dans le calme" à l'enterrement de Hafnaoui Al-Maghzaoui, 25 ans, qui a succombé vendredi à une blessure par balle au poumon.
"La police est restée à l'écart" et, fait exceptionnel dans un pays musulman, de nombreuses femmes ont assisté à l'inhumation aux cris d'"Allah akabar" (Dieu est le plus grand), ont-ils rapporté à l'AFP.
Ce décès est le deuxième à Redeyef après la mort à Tabadite, village berbère proche, d'un jeune protestataire électrocuté le 6 mai alors qu'il tentait de couper le courant aux générateurs de la CPG.