Pénurie de carburant à Gaza: le marché noir est florissant
La pénurie de carburant est l'une des conséquences de la crise entre Israël et le régime islamiste de la Bande de Gaza. Pour tenter d'y remédier, les quelque 1,4 million d'habitants de ce territoire palestinien se débrouillent comme ils peuvent, en s'entassant dans les transports collectifs ou en se tournant vers le marché noir.
Muin Abdul Ghani n'hésite pas à dormir dans sa voiture, et faire une queue interminable dans une des stations-service qui vendent au compte-goutte le peu de carburant qu'elles possèdent encore en stock. Depuis septembre 2007, l'Etat hébreu a réduit ses livraisons d'essence. Il veut par ce moyen faire pression sur les activistes palestiniens pour qu'ils arrêtent de tirer des roquettes sur son territoire. Sans résultats apparents.
Au quotidien, les Gazaouis doivent faire face à la très forte hausse des prix au marché noir, et à des taxis surchargés. Certains se sont mis au vélo, d'autres utilisent du gaz naturel pour leurs voitures.
"Nous sommes comme des chiens errants cherchant des os", explique Abdul Ghani, un chauffeur de taxi de 44 ans, qui fume à côté de sa voiture dans une station-service de Jebaliya, dans le nord de Gaza. Environ 200 voitures, taxis, camions de livraison et véhicules agricoles sont garés, attendant la distribution du précieux liquide désormais rationné. Certains conducteurs, excédés, ont même abandonné leur voiture, alors que d'autres ont vendu leur place dans la queue.
Abdul Ghani compte attendre encore au moins une journée pour récupérer de l'essence. A Gaza, le gouvernement du Hamas rationne le carburant, n'autorisant les habitants à se procurer que 17 litres à la fois.
Israël fournit environ 70.000 litres d'essence par semaine, 8% des besoins de Gaza, et 800.000 litres de diesel, 30% des besoins, selon des responsables palestiniens.
Nir Press, chef d'une unité de liaison militaire au sein de l'armée israélienne, répond que l'Etat hébreu fournit à la Bande de Gaza largement assez de carburant pour ses besoins basiques, mais que le Hamas en utilise une partie pour ses propres intérêts, notamment pour des véhicules qui transportent des roquettes destinées à être tirées sur Israël. "Je ne pense vraiment pas que ce soit une crise. Ils veulent créer une apparence de crise", accuse-t-il.
Le gouvernement du Hamas au pouvoir dans le territoire depuis la mi-juin 2007 prélève environ la moitié du carburant reçu, notamment pour les hôpitaux et les services municipaux, explique pour sa part Ziad Zaza, un haut responsable du Mouvement de la résistance islamique.
Protestant contre cette pénurie, les propriétaires de stations-service se sont rebellés il y a une semaine, refusant de vendre leurs stocks. En raison de tous ces problèmes, ce ne sont plus sept personnes qui s'entassent dans les taxis partagés, mais dix, voire 15. Sur une route de Gaza où les étudiants ont l'habitude de héler des taxis collectifs, on voit désormais de plus en plus de monde attendre, et le mécontentement gronde.
Heba Mina, une étudiante de 22 ans, ne devait patienter auparavant que quelques secondes avant de monter dans un taxi. Maintenant, elle attend plus longtemps et doit se serrer dans des véhicules où hommes et femmes sont mélangés, ce qui était interdit par le passé pour des raisons religieuses. "C'est embarrassant, mais je n'ai pas le choix", lance-t-elle.
Les coupures d'électricité sont également fréquentes à Gaza, depuis le bombardement en juin 2006 de l'unique centrale électrique de la ville par des avions de chasse israéliens, après la capture d'un soldat de Tsahal par des activistes liés au Hamas.
Ce bombardement a détruit six transformateurs, provoquant des coupures très importantes pendant plusieurs mois, qui duraient au début jusqu'à 16 heures par jour. La centrale a depuis installé de nouveaux transformateurs, plus petits, et selon le directeur du site, Rafiq Maliha, il est désormais possible de produire jusqu'à un tiers des besoins de Gaza... mais seulement s'il reçoit le carburant nécessaire à son fonctionnement.
(© AP)