Farouk est mort. C'était un des chiens du refuge de Lenuta. Il avait attiré mon attention car il était très souvent en compagnie du chien que j'ai adopté récemment, quand il vivait encore au refuge. Farouk était un chiot. Farouk est mort. Un fou est venu jusqu'au refuge et, après avoir visé le gardien, il a tiré sur Farouk avec son fusil. Comme il l'a déjà fait avec de nombreux chiens errants, qu'il traque dans le but de les tuer. Farouk n'aura jamais pu connaître la douceur d'un foyer. Farouk est mort.
Une bénévole de l'Arche d'Eternité a écrit un texte en hommage à cette pauvre âme qui a quitté la Terre bien trop tôt, victime de la cruauté d'un homme.
" Je me souviens de chaque instant passé auprès de vous mes amis."
Les moindres recoins et cachettes du refuge, la bonne odeur des os qui viennent d’être livrés, la douceur de ma maman Anouska et la force de mon papa Georgica , la chaleur de mes frères et sœurs, la voix de notre bonne fée Lenuta, je me souviens de tout….
Comme si j’étais encore parmi vous….
Croisé ratier, je suis né le 20 aout 2010, là bas en Roumanie, au refuge de Lenuta.
Je n’ai rien connu d’autre que la vie au refuge, avec vous mes amis de toutes races et de tous quartiers, mes compagnons de galère.
Je n’aurais pas eu le temps de connaitre le bonheur que procure une vie de famille.
Pouvoir poser mes pattes dans ce que vous appeler, vous bipèdes, de la pelouse, aboyer après les feuilles qui virevoltent, courir dans le vent et heureux de revenir vers vous, mes maitres, lorsque vous m’appelez….
Avoir chaque jour des repas appétissants, sans me préoccuper de savoir si demain il y aura assez de nourriture pour tout le monde, jouer au ballon avec mon jeune compagnon à deux pattes, avoir un panier douillet, dans un coin de votre maison, de NOTRE maison.
Non…. Je n’en aurais pas eu le temps.
J’ai pourtant été un brave chien tout au long de ma courte existence, sociable avec mes compagnons de fortune, ainsi qu’avec les quelques humains qui venaient au refuge, leur réclamant des caresses.
Mon seul tort, être né dans ce pays où la loi vient d’être votée, où les massacres de chiens ne font que commencer, être né là bas, en Roumanie.
Il ne fait pas bon être un chien dans ce pays.
Cette journée du 11 décembre paraissait commencer comme celle de la veille. Je ne savais pas, à ce moment là, que je vivais mes derniers moments.
Je ne comprends pas ce qui se passe, le ton monte entre Costica notre gardien et un paysan, puis, ce dernier pointe son fusil vers lui, puis vers moi.
D’un seul coup, un bruit sourd, je saigne, j’ai mal, j’ai froid….
Tout le monde s’agite. On me met dans la voiture puis on roule, longtemps.
J’arrive finalement dans un endroit ou des gens s’affairent autours de moi, me désinfectent, me soignent.
Il parait que j’ai été courageux jusqu’au bout, léchant la main de celui qui s’occupait de moi.
J’ai essayé d’être fort, encore plus fort, mais c’était trop dur.
Se laisser aller, tout doucement fermer ses yeux, sentir le sommeil nous emporter c’est fou comme ça peu faire du bien.
J’ai prié pour que tout s’arrête…
Le 20 Aout 2010, par une belle journée d’été, j’ai ouvert les yeux
Le 13 Décembre 2011, par une rude journée d’hiver, j’ai fermé les yeux.
" Je m'appelais FAROUK "
Texte de Snowangel/Dorothée