C’est sur un poème de vers libres sur le désarroi d’un homme, pris dans le tourbillon de la vie, dans son exil forcé et fatalement froid que s’ouvre l’histoire de Une balle en tête, celle de Ghozlane, un journaliste natif de la Casbah qui a miraculeusement survécu à un attentat terroriste alors qu’il a été criblé de balles.
C’est sur un poème de vers libres sur le désarroi d’un homme, pris dans le tourbillon de la vie, dans son exil forcé et fatalement froid que s’ouvre l’histoire de Une balle en tête, celle de Ghozlane, un journaliste natif de la Casbah qui a miraculeusement survécu à un attentat terroriste alors qu’il a été criblé de balles. Peut-on sortir indemne d’un drame aussi traumatisant, semble être cette quête perpétuelle de l’auteur qui à travers son personnage principal, Ghozlane, revisite la décennie noire comme pour signifier qu’il n’est pas du tout évident de tourner une page aussi sanglante et aussi trouble de l’histoire de l’Algérie quand cette histoire se raconte aussi à hauteur d’homme. Pas étonnant alors que toute la portée de la réconciliation nationale soit revue à partir du parcours de ce journaliste, ce rescapé qui constate que des vies humaines sont emportées par la violence terroriste, des années après cette politique qui prône le pardon « à tous les fous qui ont utilisé armes à feu et coutelas contre les populations isolées ; les innocents ; les faibles ; les créateurs…
Ghozlane, tiraillé par tant de questions veut comprendre, soulager sa douleurs et panser ses blessures. Mais par où commencer, tant que tout semble s’imbriquer dans sa quête éperdue de lecture de l’histoire de l’Algérie, son passé colonial, son indépendance, les martyrs, la révolte d’Octobre 88, le terrorisme et les harragas. L’exil accentue son désarroi
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L’Algérie l’habite comme le hantera sa Casbah native et protectrice « Ya Rayeh » de Dahmane El-Harrachi qui l’interpellera dans son exil parisien. Impossible d’oublier la Casbah, l’Algérie et tous les drames qui secouent la Nation arabe.
La trame du roman Une balle en tête puise sa sève d’une série d’interrogations qui interpelle Ghozlane au gré de ses rencontres avec Sana, la Libanaise et Marie, une Française, médecin engagée dans des missions humanitaires qui la mèneront au Liban, en Afghanistan, en Irak et en Algérie.
C’est autour de cette relation qu’entretient Ghozlane avec Sana et Marie que se révèlent à la fois les blessures, les tourments et les espoirs de ce dernier et que s’articule l’histoire de Une balle en tête.
Mais c’est surtout dans l’improbable relation intime entre Ghozlane et Marie que la part fiction du roman s’illustre magistralement, vu que ladite relation se singularise par les rares présences et les absences répétées de Marie. Si le drame du terrorisme les rapproche, lui, le rescapé d’un attentat à la Casbah et elle qui a perdu son fils dans les attaques du 11 septembre 2001, tout un monde semble en effet les éloigner, comme le suggère par ailleurs, la réponse de Ghozlane à Marie qui lui demandait, une fois qu’elle a terminé de l’ausculter, comment se fait-il qu’il soit toujours en vie.
« Si je suis encore en vie, c’est grâce aux prières des saints patrons ; les prières de Sidi Abderrahmane et de ma mère aussi », lui lance-t-il, sans évidemment qu’elle puisse esquisser la moindre réponse. Marie n’osera pas, bien qu’elle ait envie de le relancer pour comprendre. Elle donnera le temps au temps et au contact d’autres Algériens, des djihadistes d’Irak et d’Afghanistan, eux aussi pour la plupart, natifs de la mythique Casbah, les contours du puzzle
« Ghozlane » se précise, enfin d’une certaine manière. Et c’est justement à ce niveau de cette relation-intrigue qui replonge le lecteur dans le gouffre traumatisant des années troubles de l’Algérie. Le passé maudit qui refait surface dans le quotidien de Ghozlane donne au roman Une balle en tête, une résonnance particulière…
Abdelkrim T.
Publié dans : Livre