Les Touareg
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Les Touareg étaient jadis les nobles et orgueilleux seigneurs de l'immense Sahara. En se déplaçant d'un pâturage à l'autre afin de faire paître leurs troupeaux de chameaux, de chèvres, de moutons et de vaches, ces bergers nomades menaient une existence aussi difficiles à saisir que les sables mouvants du désert. Ces hommes à la peau claire, descendants des Berbères, perpétuent leurs traditions culturelles uniques au sein d'une société fortement hiérarchisée. Mais leurs systèmes politique et économique sont de plus en plus menacés du fait de leur dépendance vis-à-vis d'une structure de classe rigide. Le désert pour territoireLe mode de vie nomade des Touareg tire pleinement profit des maigres ressources du désert. Ils occupent ainsi une région s'étendant du sud de l'Algérie et de la Libye jusqu'au Niger, au nord du Mali et à certaines régions du Tchad. Les plateaux éparpillés à l'intérieur ce cette vaste zone aride sont comme autant d'“îlots” assez bien arrosés et relativement fertiles. En période de sécheresse, toutefois, on ne peut même plus compter sur ces havres de végétation pour nourrir les bêtes. Les animaux meurent alors par milliers et les hommes ne s'en sortent guère mieux. En dépit de ces difficultés, les empires du Ghana (Ashanti), du Mali et des Songhaï ont tous empiété sur les lisières du Sahara occidental et méridional. Aux environs de l'an 1100, les Touareg avaient établi une première place forte à Tombouctou, ancien haut lieu du savoir - même s'ils s'intéressaient davantage à sa position stratégique, au croisement de la route des caravanes et du fleuve Niger, qu'à sa culture. A la fin du XIXe siècle, la colonisation française marqua le début du déclin du mode de vie traditionnel. Les Français qui occupaient l'Algérie s'efforcèrent de réprimer des coutumes touaregs liées aux raids et au commerce des esclaves. Ils y parvinrent sans mal dans la mesure où ils jouissaient d'une plus grande mobilité grâce à leurs véhicules à chenilles qui leur permettaient de traverser le Sahara de part en part Les frontières politiques que les Français dessinèrent sur les cartes du désert devaient changer à jamais la vie des Touareg. Le mode de vieLa société traditionnelle se compose de trois grandes classes : les nobles, les vassaux et les esclaves. De nos jours, les 300 000 Touareg sont regroupés en sept clans ou confédérations. Leur chef suprême, appelé l'Amenukal, parle au nom de tous ces groupes. Chaque clan inclut un certain pourcentage de nobles, de vassaux et d'anciens esclaves (les Harratin). Jadis, la noblesse touareg occupait une position privilégiée ; elle jugeait le travail manuel, en particulier agraire, comme indigne d'elle. De nombreux facteurs la distinguaient des classes inférieures - y compris certaines nuances dans la manière de parler, les gestes, la posture (notamment lorsqu'ils étaient juchés sur leur chameau). Anciens guerriers, pillards redoutables, ils exerçaient un contrôle absolu sur les routes de caravanes. Quant aux vassaux, le plus souvent de descendance négroïde, ils avaient la charge des troupeaux de chèvres ; de fait, les gens de la noblesse continuent à les appeler Kel Ulli (le peuple des chèvres). Ils surveillaient aussi les campements de tentes couvertes de peaux de bête teintes en rouge, ou de nattes. La troisième classe, les Harratin, accomplissait les tâches les plus viles ; ils cultivaient les petits jardins des oasis et menaient une existence sédentaire. La noblesse revendiquait les trois-quarts des récoltes, de sorte qu'en période de sécheresse, il ne restait pas grand-chose pour les autres. En conséquence, la malnutrition était très courante chez les Harratin dont le taux de mortalité était particulièrement élevé. La tenue touareg classique inclut le tagil-must (un croisement entre un turban et un voile) que portent les hommes. Cette longue bande de coton est souvent imprégnée d'une teinture indigo qui déteint sur la peau, d'où le surnom d'“Hommes bleus du désert” que l'on donne aux Touareg. Les Touareg eux-mêmes se font appeler Kel Tagelmoust (les gens du voile). S'il les protège des vents âpres du désert, ce voile a aussi pour fonction d'écarter les mauvais esprits de leur bouche. Il se porte impérativement devant des étrangers ainsi qu'en présence des beaux-parents. Les femmes portent aussi des voiles de moindre taille, qui ne leur couvrent que la bouche. L'avenirEn 1962, l'indépendance algérienne donna naissance à un gouvernement socialiste dont les grands principes, tels que l'égalité et l'élimination des distinctions de classe, s'opposaient diamétralement aux bases fondamentales de la société touareg. Les nouveaux leaders politiques forcèrent de nombreux Touareg à se sédentariser, bannirent les raids et firent entrave à leurs errances en imposant des contrôles aux frontières. Les Harratin furent affranchis et la noblesse se trouva dans l'obligation de subvenir elle-même à ses besoins. Les Touareg ont aussi souffert des graves sécheresses qui ont dévasté la zone sahélienne au cours des années 1960 et 1970, réduisant de façon catastrophique la superficie des pâturages. Les troupeaux furent décimés, et l'économie touareg s'en trouva ruinée. Leurs fondements sociaux, politiques et économiques anéantis, de nombreux Touareg ont bien été obligés de se sédentariser ; ils se sont convertis, à contrecœur, à l'agriculture. |







