Les oasis
Tant d'ouvrages et de films romantiques dépeignent les oasis tels des joyaux verts sertis au milieu du désert : de petites maisons blanches se serrent autour d'un puits à l'ombre des palmiers et des Arabes, tout de blanc vêtus, sirotent leur thé à la menthe, tandis qu'au loin des caravanes de chameaux s'éloignent d'un pas pesant dans les sables. Certes, lorsqu'il y a suffisamment d'eau, des palmiers-dattiers de douze à trente mètres de hauteur protègent le village des rayons ardents du soleil. Des dunes fauves offrent une somptueuse toile de fond aux maisons au toit plat, au village coupé au cordeau avec sa mosquée, son souk (marché) où des marchands ambulants vendent du grain, des légumes, du sel, des tapis en poils de chameaux, des babouches dotées d'épaisses semelles en poils de chameaux (pour protéger les pieds du soleil brûlant), et les traditionnels busaadi, longs couteaux minces dans leurs gaines de cuir rouge. Les fortifications des plus grandes oasis témoignent d'une époque où l'on avait besoin de se protéger des pillards nomades. Ces villages fortifiés (ksour) attirent désormais les touristes : les remparts blancs sculptés dans le flanc de la falaise d'un rouge violacé de Timi-moun, “l'oasis rouge”, font partie des sites les plus célèbres d'Algérie. Il reste encore quelques forts de la Légion étrangère, comme celui de Ouargla, converti en musée du Sahara. Une existence menacéeSi les habitants des oasis les plus riches cultivent différents produits, en plus des palmiers-dattiers, et élèvent des chèvres ou des ânes, dans celles pauvres en eau, la terre est surexploitée et, pour tout cheptel, on n'y trouve souvent guère qu’une poignée de poulets décharnés. La vie y est continuellement menacée : par manque de nourriture, l'ensablement des puits et par toute une variété de serpents venimeux et d'insectes porteurs d'infections. Les oasis autorisent deux modes de vie : les paysans y cultivent la terre et les nomades viennent y chercher de l'eau. Autrefois, les nomades étaient les véritables seigneurs du désert. Bon nombre d'oasis, exploitées par des esclaves, leur appartenaient. Aujourd'hui, l'existence même des nomades est en péril, mais grâce aux méthodes d'irrigation modernes, de nombreuses oasis commencent à reprendre du souffle. Il faut souvent trimer dur pour assurer l'approvisionnement en eau des oasis. Les eaux du Sahara gisent en profondeur et sont inaccessibles, hormis dans les oasis. Dans certaines d'entre elles, l'eau est proche de la surface et forme des sources et des mares naturelles, mais le plus souvent, il faut creuser des puits. Un grand nombre de puits datent de l'époque romaine ou sont même antérieurs, et les méthodes utilisées pour tirer l'eau sont souvent tout aussi archaïques. Les villageois se servent parfois d'un shadoof, ou bascule, composé d'une longue perche à pivot, munie d'un seau à une extrémité, contrebalancé par un poids ; ou bien l'on fait remonter l'eau dans des sacs en peau de chèvre grâce à des poulies activées par des ânes, des bœufs ou des chameaux. Seules les oasis les plus riches disposent de pompes, éoliennes ou motorisées. Dans certains cas, l'ancien système foggara, des “puits horizontaux”, permet de puiser l'eau souterraine. Des tunnels légèrement inclinés sont creusés dans les lits des rivières asséchées, une chaîne de puits courant à la surface collectant ainsi les eaux souterraines. L'eau d'irrigation est acheminée à travers des dédales de petits canaux et d'aqueducs miniatures en tiges de palmiers. La forte teneur en sel de l'eau est source de problèmes : du fait de l'évaporation, le sel s'infiltre en effet dans le sol, le rendant de moins en moins fertile. En outre, il faut continuellement lutter pour empêcher le sable à la dérive de combler les puits. A El-Ouel, les palmiers-dattiers sont plantés dans des jardins enfouis - des trous en forme d'entonnoirs d'une profondeur de 18 à 30 m et de quelque 800 m de large, plongeant vers les nappes phréatiques. Au niveau du sol, on ne voit que les cimes des arbres. Chaque jour, les fermiers se battent pour empêcher le désert d'empiéter sur leurs plantations, en dégageant le sable à l'aide de pelles et en le remontant inlassablement en haut des versants escarpés. Le palmier-dattier : arbre de la vieDe nos jours, le palmier-dattier demeure l'exploitation principale. Il commence à produire au bout de 10 à 15 ans et fournit deux récoltes par an. En outre, il a une espérance de vie productive de plus de un siècle. La datte, riche en vitamines, fraîche ou séchée, est à la base de l'alimentation régionale. Il en existe quelque 70 variétés, regroupées en trois grandes catégories. La datte molle, deglet nom (“doigt de lumière”), volumineuse et succulente, est généralement exportée. La deglet beida (“doigt blanc”), semi-molle, est plus petite et moins juteuse ; elle sert à la consommation domestique. Les ghars, molles, sirupeuses, très douces, sont séchées et pressées pour confectionner “le pain des caravanes”. Lorsque le palmier a cessé de produire, son tronc fibreux procure du bois de construction, du combustible. Avec des sections de tronc évidées, on fabrique des canaux d'irrigation. Les feuilles de palmiers sont tissées pour la confection de toitures, de paniers, de cordes et de nattes. On pile les noyaux de dattes pour en faire du fourrage. A l'ombre des palmiers on peut faire pousser des olives et d'autres fruits, des légumes et des céréales. Les récentes améliorations des techniques d'irrigation ont permis de transformer certaines palmeraies en de véritables jardins maraîchers. |







