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Rédouane BENSARI

Rédouane, de son vrai prénom Ahmed, il naquit à Tlemcen en 1914. Son père, le grand Cheikh Larbi, dont la gloire à l'époque suscitait l'enthousiasme et la considération car il était l'héritier presque sans égal de l'enseignement musical de Cheikh Boudelfa, disait avec une pointe de fierté : “Tous mes garçons seront musiciens”.

En tant que père, il ne pouvait afficher sa préférence pour l'un ou l'autre de ses fils, mais il sentait, en tant qu'artiste, que son tout dernier, Rédouane, était plein de signes révélateurs en même temps qu'un être délicat. Hadj El Arbi pressentait que cet enfant était pour la musique. Et, partant de cette idée Cheikh Larbi se disait que si Rédouane possédait un talent inné, c'était finalement à lui, homme d'art et d’expérience, qu'incombait le devoir de lui inculquer les merveilles de son métier. Le maître était convaincu que tôt ou tard, le génie de Rédouane allait soulever l'admiration des foules. Dieu sait combien il avait raison. En effet, Rédouane avait un don d'assimilation extraordinaire : à l'âge de six ans, il maîtrisait le chant, et a dix ans il avait déjà enregistre des disques.

Ayant quitté les bancs de l'école précocement, et n'ayant que peu de temps à consacrer aux enfants de son âge, Rédouane se consacra entièrement à son art par lequel il était fasciné.

A douze ans, il est capable de jouer tous les instruments et devient un membre à part entière au sein de l'orchestre de son père. Comme disait A.Koceil, dans un article dans Le Quotidien d'Oran du 14/01/98. Il fallait voir comment le maître tirait grande fierté lorsqu'il laissait son fils librement s'exprimer dans un prélude instrumental. Rédouane ravissait son auditoire à chacune de ses sorties.

En 1932, Rédouane participa aux cotés de son père au Congres de la Musique arabe ou ils reçurent un accueil triomphal de la part de l'audience présente.

Apres un temps de gaieté et de succès artistiques, Rédouane commença à s'accommoder de moins en moins à la rigidité et la sévérité qu'il estimait tyrannique, de son père. Alors il commença d'abord sans brusquerie, à rejeter une tutelle jugée de plus en plus astreignante.

Marié très jeune et très tôt père de famille, ne disposant d'autre ressource que ce que lui rapportait son métier d'artiste, Rédouane habitait dans une maison bien modeste. Il supportait difficilement ces conditions sociales embarrassantes. Puis les rapports entre le père et le fils finirent par se compliquer davantage, annonçant leur séparation inéluctable. En 1958, Rédouane prit une grave décision. Il abandonna tout, s'en alla discrètement au Maroc les mains vides. Les langues fourchues commencèrent à se délier. C'est à qui annonçait la vraie raison de son exil. Chacun allait de son scoop. Mais là où les vraies raisons ne sont connues que par lui seul. Et il s'en est allé avec son secret.

Au cours de son exil au Maroc, Rédouane n'a pas eu une vie facile. Cependant, avenant et poli, il était toujours prêt à rendre service lorsqu'il était sollicité par les musiciens lui rendant visite, tout en joignant l'acte à la parole et prenant son luth pour expliquer comment cette Touchia, ce M'cedder, ou autre, doivent être joués. Ceux qui l'ont approché en sont revenus éblouis. Lorsque Rédouane interprétait une partie d'une composition musicale, il laissait voir l'intensité de ses sentiments, et, en même temps, la succession de ses mouvements fluides, légers, presque ondoyants, on sentait la douceur des mélodies suavement exécutées.

Le vendredi 25 juillet 2002, la triste nouvelle tomba. Le grand Cheikh Rédouane n'était plus de ce monde. Un monde qu'il a certainement jugé ingrat et cruel, quoiqu'il ne l'avait jamais avoué tellement son sens de la dignité était profond. Aujourd'hui, il repose dans sa tombe à Casablanca dans un pays où il s'était exilé pour passer la moitie de ses 88 années d'existence.

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Dernière modification: 08/03/2008 08:24
 

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