Cheikh Larbi Bensari
Certains affirment que le cheikh est né aux environs de 1857, d'autres avancent la date de 1872. Nous ne voulons pas entrer dans la polémique, mais indiquons qu'il était difficile, a l'époque, d'avoir une indication si précise. El Hadj Larbi Bensari a vu le jour dans les environs de Tlemcen. Son père travaillait la terre ou ce qu'il en restait après la spoliation entreprise par le pouvoir colonial français. De bonheur et de piété il s'adonnait également à l'enseignement du Coran dans une petite école. L'enfant sera donc en contact avec les valeurs fondamentales de l'Islam, qui vont le maintenir, tout au long de sa carrière artistique future, dans une austérité morale à toute épreuve. Vers 14 ou 15 ans, l'adolescent va tenter de trouver un emploi en ville afin de subvenir aux besoins de sa famille. C'est la que va se décider son destin. En effet, le coiffeur qui l'emploie est double d'un mélomane, un kiatri qui répétera devant lui divers morceaux musicaux de la plus pure tradition tlemcenienne. Le hasard voulut que, parmi la clientèle du coiffeur se trouvent des célébrités comme Makchiche ou M'naouar. Ceux-la même qui furent les initiateurs du cheikh. L'enfant est fascine par les instruments qu'il manipulera un a un en commençant par les plus primitifs tel le g'nibri. Plus tard il passera au violon, au kanoun et enfin au r'bab. L'initiation instrumentale faite, le contact avec Makchiche et Boudelfa rendu possible, il ne restait a Larbi qu'a mettre en pratique les ressources de son étonnante mémoire, de son intelligence musicale et de sa volonté pour réussir a s'imposer comme l'un des meilleurs exécutants de la ville, s'intégrant d'abord à la formation que dirige Boudelfa. Alliant l'art a la technique, il prend, a la mort de Makchiche et de Boudelfa, la direction de la formation, aidé par Abdesslam et Ahmed Bensari, ses cousins, ainsi que Lazzouni et Omar Bekhchi. Les débuts sont par eux-mêmes prometteurs puisqu'il va représenter la culture algérienne à l'ouverture du siècle à l'Exposition Universelle de Paris. Ce genre d'homme ne peut pas ne pas éprouver l'élan de l'âme missionnaire. Ses voyages au Maroc, en Tunisie, en Egypte, en Turquie, en France et ailleurs ont contribue a faire connaitre la musique tlemcenienne en particulier et algérienne de façon générale. El Hadj Larbi Bensari se situe entre les grands maîtres qui l'ont façonne tels Makchiche, M'nouar, Boudelfa, les Dib, et ses élèves que nous divisons en deux categories : l'ancienne génération tels Lazouni, Abdellah Benmansour, ses propres enfants Redouane, Mohamed et Mahmoud, et la nouvelle génération des Brixi, Benkabil et Malti, pour ne citer que ces quelques-uns uns . Le role fondamental du cheikh a été de préserver l'originalité de la tradition musicale. Son importance se mesure quand on se rappelle qu'il a vécu surtout pendant la période ou le colonialisme s'acharnait contre toutes les composantes de la culture et de la personnalité algériennes. Pour assurer la survivance intégrale de cet art, le maître a du définir une technique pédagogique, dans l'apprentissage et l'interprétation du patrimoine, fondée sur la rigueur. Il ne permettait aucune interprétation personnelle ou fantaisiste de la musique parce qu'il était conscient que Tlemcen, en tant qu'héritière d'une culture, se devait de s'interdire l'innovation, pour garder l'originalité première de l'art andalou. En ce sens, cheikh Larbi Bensari constitue une pièce maîtresse dans l'analyse de la sociologie de l'art musical a Tlemcen du fait même que sa technique pédagogique d'apprentissage (et sa rigueur d'interprétation ) établit le rapport d'allégeance culturelle de Tlemcen vis a vis de Cordoue. Pour conclure, nous affirmons, et personne ne pourra le nier, que cheikh Larbi a été le grand maître de la musique andalouse à Tlemcen et même ailleurs. Il était, à son époque, la référence, le dictionnaire. Aujourd'hui, près de quarante ans après sa mort, il l'est toujours |







