La Tunisie dans l'Antiquité

Les vestiges de l'occupation phénicienne en Tunisie sont particulièrement visibles dans la fameuse ville de Carthage, fondée aux alentours de 814 av. J.-C. A l'instar des autres villes de la Méditerranée occidentale, Carthage fut une base commerciale vitale au cœur de l'Empire phénicien. Mais la prospérité des Phéniciens n'eut qu'un temps. Les Romains, attirés par la clémence du climat et la richesse du paysage, franchirent le détroit de Sicile, conquirent Carthage et établirent bientôt la première province romaine sur le continent méridional qu'ils baptisèrent Afrique. Dès l'an 200 av. J.-C, les Romains avaient colonisé toute la Tunisie. Ils devaient régner sur la région pendant les 600 ans à venir.

Les Romains modifièrent profondément le mode de vie traditionnel tunisien; la nation nord-africaine alla même jusqu'à adopter la foi chrétienne. Selon leur habitude, les Romains construisirent des villes, des routes, des aqueducs, des temples. Ils bâtirent de vastes systèmes d'irrigation, de manière à accroître la productivité agricole et à offrir à Rome un nouveau grenier. Carthage fut reconstruite et devint rapidement le pivot intellectuel de l'Afrique du Nord. La capitale actuelle est Tunis. Proche de Carthage, c'est la plus grande ville du pays et son centre culturel.

La vague de turbulence suivante, dans l'histoire de la Tunisie, fut suscitée par l'invasion des Arabes musulmans venus du Moyen-Orient au milieu du VIIe siècle. A partir de ce moment-là, la Tunisie s'intégra progressivement à la civilisation arabo-musulmane. En dépit de la longue période de domination romaine, les Tunisiens avaient conservé leur caractère et ils adoptèrent l'islam vite et sans réticence. Curieusement, bien que l'Afrique du Nord soit un site important dans l'histoire de la chrétienté romaine, l'empreinte latine et la foi chrétienne se volatilisèrent quasiment en l'espace d'une seule génération, vers la fin du VIIe siècle. Aujourd'hui, la Tunisie fait partie intégrante du monde arabe. La majorité des Tunisiens s'expriment en arabe et ont un mode de vie arabe.

Sur le plan culturel, la Tunisie connut un nouveau tournant décisif au XVIe siècle. A ce stade, elle se retrouva, en effet, dans une position stratégique à proximité d'une grande puissance en expansion : l'Empire ottoman. Basé en Asie Mineure (la Turquie d'aujourd'hui), cet empire gagna le contrôle de la Tunisie en 1574. Pendant les 200 ans qui suivirent, l'influence turque demeura minime. Les souverains ottomans nommaient un bey, ou gouverneur, pour administrer la Tunisie depuis Tunis. Il fallut attendre le début du XVIIe siècle pour que les beys de Tunisie acquièrent un degré d'indépendance suffisante pour permettre à la culture turque de s'implanter davantage dans la société tunisienne.

Au cours des siècles qui suivirent, la Tunisie, relativement autonome vis-à-vis des souverains ottomans d'Istanbul, en profita pour établir des liens commerciaux avec les pays européens. Afin d'empêcher une colonisation directe par les Européens; le bey Ahmed Ibn Mustafa (1806-1855) tenta de moderniser le pays sur le plan politique, économique et culturel. Il proclama l'égalité pour les juifs, abolit l'esclavage, autorisa l'ouverture d'écoles chrétiennes et réorganisa l'armée selon le mode européen de l'époque. Mais ces réformes étaient coûteuses et ne pouvaient être financées qu'en s'endettant considérablement. La Tunisie se retrouva ainsi financièrement dépendante de la France, de l'Italie et de la Grande-Bretagne. Ce furent les Français qui tirèrent profit de la faiblesse économique de la Tunisie; ils occupèrent le pays en 1881, avec une armée de 30 000 hommes seulement. La Tunisie devint alors un protectorat français.