Mésopotamie

Introduction

MésopotamieLa Mésopotamie, dont le nom vient d'un terme grec signifiant “entre les fleuves”, est le lieu d'une des plus anciennes civilisations urbaines du monde, situé sur le territoire de l'Irak et de la Syrie entre le Tigre et l'Euphrate.

A l'endroit où les cours du Tigre et de l'Euphrate quittent le sud de la Turquie, les deux fleuves sont à 400 kilomètres de distance l'un de l'autre. L'Euphrate continue son cours vers le sud et l'est sur 1.300 kilomètres, et le Tigre vers le sud sur 880 kilomètres. Ils se rejoignent pour former le Chatt el-Arab avant de se jeter dans le golfe Persique. Les vallées et plaines de Mésopotamie sont ouvertes et exposées aux attaques en provenance des collines du nord et de l'est ainsi que du désert d'Arabie et des steppes syriennes à l'ouest. La richesse de la Mésopotamie a toujours attiré les peuples voisins, plus pauvres, et son histoire est celle d'une série d'invasions. Il ne pleut guère dans la majeure partie de la région mais le sol fertile, lorsqu'il est irrigué par des canaux, permet d'excellentes récoltes. Dans le sud poussent les palmiers qui procurent une nourriture riche en fibres très nutritives, du bois et du fourrage. Les deux fleuves sont poissonneux et les marais du sud sont riches en gibier. La nécessité de se défendre et les besoins d'irrigation conduisent les anciens Mésopotamiens à construire des canaux et à ériger des places fortifiées. A partir de 6000 avant J.-C., le peuplement s'accroît et des villes existent déjà au IVème millénaire avant J.-C. La plus ancienne colonie connue est celle d'Eridou, et la plus intéressante est celle d'Ourouk (Erech, dans la Bible) au sud, où des temples en briques de boue étaient décorés de fins ouvrages de pierre et de métal. Les besoins croissants de l'administration y avaient favorisé l'invention d'un alphabet cunéiforme. Cette première civilisation urbaine, qui s'épanouit au nord de l'Euphrate, est probablement sumérienne. Les villes sumériennes importantes, outre les deux citées plus haut sont Adab, Isin, Kish, Larsa, Nippur et Our.

En 2330 avant J.-C. environ, la région est conquise par les Akkadiens, un peuple sémite de la Mésopotamie centrale. Leur roi, Sargon Ier, surnommé le Grand, (règne de - 2335 à - 2279 environ), fonde la dynastie d'Akkad, et la langue akkadienne commence à remplacer le sumérien. Les Gutiens, tribus des collines orientales, mettent fin à la domination akkadienne en - 2218 et, après un intervalle, c'est la troisième dynastie d'Our qui domine une grande partie de la Mésopotamie. Les traditions sumériennes connaissent un dernier épanouissement à Our. Des tribus d'Elamites venues du nord détruisent finalement la ville d'Our en - 2000. Ces tribus s'emparent des anciennes villes et se mêlent à la population locale.

Aucune ville ne parvient à imposer son contrôle sur la région avant l'unification du pays par Hammourabi de Babylone vers la fin de son règne (environ de - 1792 à - 1750). A la même époque, une famille amorite prend le pouvoir à Assour, dans le nord. Les deux cités, Assour et Babylone, sont bientôt la proie de nouveaux envahisseurs. En -1595, les Hittites venus de Turquie prennent Babylone, qui sera ensuite dominée pendant quatre siècles par un peuple non sémite, les Kassites. Assour est incorporée à l'Etat Mitanni, créé par les Hurriens venus du Caucase, un peuple probablement apparenté aux Arméniens. Les Hurriens étaient installés en Mésopotamie depuis des siècles, mais après -1700, leur population ayant fortement augmenté, ils se répandent dans le nord du pays et en Anatolie.

L'Etat de Babylone s'épanouit sous les Kassites. Ses rois traitent à égalité avec les pharaons d'Egypte et le commerce est florissant.

Empires assyrien et chaldéen

Vers -1350, le royaume d'Assyrie, au nord de la Mésopotamie, commence à s'affirmer. Les armées assyriennes vainquent les Mitannis, s'emparent pour un temps de Babylone en -1225, et atteignent la Méditerranée environ en l'an -1000. Les tribus araméennes venues des steppes syriennes arrêtent l'expansion assyrienne pour les deux siècles suivants et, avec des tribus chaldéennes, envahissent Babylone. Pour assurer sa défense, l'Assyrie combat ces tribus ainsi que d'autres et étend de nouveau ses territoires après -910. A sa plus grande extension, (de -736 à -650), l'Empire assyrien contrôle le Moyen-Orient de l'Egypte au golfe Persique. Les régions conquises sont annexées ou confiées à des rois vassaux. Conformément à l'ancienne pratique, les sujets rebelles sont déportés et il en résulte un grand mélange de races dans l'Empire. Les fréquentes révoltes rendent nécessaire le maintien d'importantes forces armées mais l'Assyrie ne parvient pas à maintenir longtemps son contrôle sur un si vaste empire. Les troubles intérieurs et les attaques des Mèdes d'Iran et des Caldéens de Babylone viennent à bout de l'Assyrie en -612. Les Mèdes prennent la région des collines et laissent la Mésopotamie aux Chaldéens de Nabuchodonosor II. Les Chaldéens gouvernent la Mésopotamie jusqu'à la prise de Babylone en -539 par Cyrus le Grand de Perse qui s'est déjà emparé de Babylone.

La domination perse

Sous les Perses, la Mésopotamie est constituée des satrapies de Babylone et d'Assour, Babylone jouant un rôle prépondérant mais non capital dans l'Empire. La langue araméenne devient la langue de l'Empire et le gouvernement impérial assure la stabilité, mais les populations sont opprimées et la prospérité de la Mésopotamie décline. Les périodes grecque et romaine: Après la conquête de l'Empire par Alexandre le Grand en -331, la dynastie grecque de Séleucos Ier règne sur la Mésopotamie. Une douzaine de ville sont fondées, dont Séleucie sur le Tigre. Elles diffusent la culture grecque, renouvellent le commerce et apportent la prospérité. Un nouveau système de canaux, le Nahrawan, est créé. Les Parthes enlève la Mésopotamie aux Séleucides en -250. Les souverains Parthes, les Arsacides, divisent leur empire en plusieurs Etats autonomes et vassaux où se mêlent les cultures grecque et perse. Après avoir repoussé des attaques des Romains, les Parthes sont vaincus en 226 de notre ère par les Sassanides dont le territoire s'étend de l'Euphrate à l'Afghanistan actuel. Grâce à une administration efficace très hiérarchisée et un meilleur système d'irrigation, le pays devient prospère. A partir de 395, il connaît cependant des conflits intermittents avec la province romaine de Syrie, qui fait partie de l'Empire romain d'Orient (appelé plus tard byzantin). L'Empire perse Sassanide est détruit en 635 par les tribus arabes révoltées, qui apportent une nouvelle religion, l'islam.

Le Moyen Age et les temps modernes : pendant le siècle suivant, la Mésopotamie est gouvernée par les califes omeyyades de Damas. Des tribus arabes s'installent dans le pays et la langue arabe remplace le grec et le persan. Bagdad devient le centre de l'Empire musulman sous les califes abbassides (750-1258). Les califes emploient des mercenaires turcs, les Mamelouks, qui prennent peu à peu le contrôle et établissent leur propre dynastie dans la région. En 1258, Bagdad est mise à sac par les Mongols. Le déclin de l'administration et d'autres attaques des Mongols et des Bédouins conduisent à la dégradation du système d'irrigation, la détérioration du sol et l'appauvrissement de l'agriculture.

Du XVIème au XVIIIème siècle, les Turcs ottomans et les Perses safavides se disputent le contrôle de la Mésopotamie alors que Bagdad et d'autres villes sont gouvernées par des dynasties familiales. Les Turcs finissent par l'emporter. Pendant la Première Guerre mondiale, les troupes britanniques s'emparent de la région au prix de durs combats. La Société des Nations place l'Irak sous mandat britannique et la Syrie sous mandat français. L'Irak devient indépendant en 1932, la Syrie en 1945.

Art et architecture

Les arts et édifices des anciennes civilisations du Moyen-Orient se sont développés dans la région comprise entre le Tigre et l'Euphrate des temps préhistoriques au VIème siècle de notre ère. La Mésopotamie comprend une plaine fertile mais ses habitants ont été constamment exposés aux invasions, aux températures extrêmes, à la sécheresse, aux violentes tempêtes, aux inondations et aux attaques d'animaux sauvages. Leur art reflète leur amour et leur crainte de ces forces naturelles et aussi leurs conquêtes militaires. La plaine était parsemée de villages, tous dominés par un temple qui servait à la fois de centre religieux et commercial, mais bientôt le palais du souverain devient l'édifice principal. Le sol fournit le principal matériau de construction, la brique de boue. Cette argile est aussi utilisée pour la poterie, la sculpture en terre cuite et pour les tablettes portant des inscriptions. Peu d'objets en bois ont été conservés. La pierre était rare et devait être importée. Le basalte, le grès, la diorite et l'albâtre étaient utilisés pour la sculpture. Les métaux comme le bronze, le cuivre, l'or et l'argent servaient pour la sculpture fine et la marqueterie. Avec des pierres de toutes sortes dont le lapis, le jaspe, l'albâtre, l'hématite et la serpentine, on fabriquait des cylindres pour sceaux. L'art mésopotamien révèle une tradition vieille de 4.000 ans, dont le style et l'iconographie sont relativement homogènes alors qu'il est l'oeuvre commune d'une succession d'envahisseurs d'origines ethniques et linguistiques différentes. Chacun de ces différents groupes apporte sa contribution et sa marque jusqu'à la conquête perse du VIème siècle. Le premier peuple qui domine et donne son empreinte à la région est le peuple non sémite des Sumériens, suivi des peuples sémites, Akkadiens, Babyloniens et Assyriens. Leur influence s'étendait parfois jusqu'à la côte syro-palestinienne et les motifs artistiques des régions extérieures influençaient aussi l'art mésopotamien. Quand de nouveaux peuples envahissaient la Mésopotamie, leur art s'adaptait aux traditions mésopotamiennes.

La période préhistorique

Les plus anciens vestiges artistiques et architecturaux connus proviennent du site proto-néolithique de Quermez au pied des collines du Djebel Sinjar au nord de la Mésopotamie. A plusieurs niveaux de profondeur, on a retrouvé des huttes rondes affaissées avec un ou deux piliers de pierres datant du IXème millénaire avant J.-C. Selon un certain rituel, des crânes étaient placés sur le sol quand les huttes étaient abandonnées.

On se réfère à l'art mésopotamien des périodes néolithique et chalcolithique (de -7000 à -3500), - avant l'apparition de l'écriture - par les noms des sites archéologiques: Hassouna, au nord, où des maisons et des poteries peintes ont été excavées; Samarra, où des dessins figuratifs et abstraits sur des poteries peuvent avoir une signification religieuse; et Tell Halaf, où l'on a retrouvé des figures de femmes assises (peut-être des déesses mères) et des poteries peintes. Au sud, les premiers temps sont appelés Ubaid (de - 5500 à - 4000) et Ourouk (de -4000 à -3500). La culture Ubaid est aussi représentée par des poteries légères peintes avec des couleurs sombres, trouvées aussi bien à Ubaid qu'à Our, Ourouk, Eridou et Uqair. Un petit sanctuaire carré (-5500) a été découvert au début d'une série de fouilles sur plusieurs niveaux de profondeurs. Il a été reconstitué avec une niche surmontée d'une plate-forme sur laquelle se trouvait peut-être une statue et une table d'offrande à côté. Le temple se composait d'une salle centrale entourée de petites pièces avec des portes. L'extérieur était décoré de niches et de piliers en saillie, caractéristiques des temples mésopotamiens. Parmi les figures d'argile de la période Ubaid, on a retrouvé un homme à Eridou et à Our une femme portant un enfant.

Des objets fabriqués vers la fin des périodes Ourouk et Jamdat Nasr, appelées aussi période protolittéraire (de -3500 à -2900) ont été trouvés sur plusieurs des sites mentionnés plus haut, mais le principal site est la cité Ourouk, Warka, ou, dans la Bible, Erech. La principale construction du cinquième niveau de fouille à Ourouk (-3500) est le temple de chaux. La partie supérieure n'a pas été conservée mais les blocs de terre retrouvés montrent qu'il était de taille monumentale, mesurant 76m sur 30. Certaines constructions du quatrième niveau à Ourouk étaient décorées de cônes de couleur enfoncés dans les murs et constituant des figures géométriques.

La technique du blanchissement à la chaux était aussi utilisée comme pour le Temple Blanc qui tient son nom de son long et étroit sanctuaire intérieur blanchi à la chaux. Construit dans la région d'Ourouk, il était dédié au dieu du ciel sumérien Anu. Le Temple Blanc se dresse à douze mètres du sol sur une plate-forme élevée préfigurant la ziggourat, une tour sur pieds, caractéristique des édifices religieux mésopotamiens: le prêtre ou le roi était ainsi placé plus près du dieu ou alors la divinité pouvait y descendre pour rencontrer ses fidèles. Quelques sculptures de pierre remarquables ont été déterrées à Ourouk. La plus belle est une tête de femme ou déesse blanche, en chaux (-3500 ou -3000, Musée Iraquien), avec des sourcils, de grands yeux ouverts et une raie au milieu de la tête. Un grand vase d'albâtre (-3500 -3000, Musée iraqien) divisé en bandes horizontales représente une procession dans la partie supérieure avec un roi présentant un panier de fruits à Inanna, la déesse de la fertilité et de l'amour, ou sa prêtresse. Dans la partie centrale, des prêtres nus apportent des présents et la partie inférieure représente une rangée d'animaux au-dessus d'une rangée de plantes. Vers la fin de la période Ourouk, le sceau cylindrique apparaît, peut être en rapport avec les premières utilisations de tablettes d'argile. Le cylindre reste la forme standard des sceaux mésopotamiens pendant les 3.000 ans qui suivent. Ces cylindres de pierre gravés servant de signature étaient roulés sur de l'argile pour reproduire plusieurs fois un motif ou une scène rituelle. Les plus anciens sceaux ont des motifs décoratifs, des taureaux, des prêtres ou des rois présentant des offrandes, des bergers, des bateaux, des scènes de chasse, des monuments, des lions à têtes de serpents et autres animaux imaginaires. Les animaux, réels ou imaginaires, étaient représentés de manière stylisée mais très vivante. L'art du sceau est autant une expression de cette civilisation que ses édifices.

La première période dynastique

La première période de domination sumérienne dure environ de -3000 à environ -2340. Alors que les anciennes traditions architecturales se poursuivent, un nouveau type de construction apparaît, le temple ovale, qui contient une plate-forme ovale portant un sanctuaire. Les cités-Etats comme Our, Umma, Lagash (l'actuelle Al-Hiba), Kish, and Eshnunna (l'actuelle Tell Asmar) avaient à leur tête des gouverneurs ou des rois qui n'étaient pas considérés comme divins. C'est surtout un art de commémoration: des plaques, décrivant souvent des banquets, des victoires ou la fin de la construction d'un temple. Elles étaient souvent utilisées comme pierres de bornage, comme l'était la stèle de chaux (Louvre, Paris) du roi Eannatum (-2425) de Lagash. Un côté de la stèle représente le roi conduisant son armée à la bataille, l'autre côté le dieu Ningirsu, d'une taille symboliquement bien supérieure à celle des humains, tenant dans un filet l'armée vaincue. Le Standard d'Our (-2700, British Museum, Londres), une plaque de bois incrustée de coquillages, de schistes, de lapis lazuli et de pierre rose, représente trois séries de processions et de scènes religieuses.

Les figures mythologiques constituent des sujets pour des sceaux finement gravés sur les cylindres. Sur un grand bas-relief de cuivre du temple d'Ubaid (-2340, British Museum), un aigle à tête de lion, les ailes déployées, vole au-dessus de deux cerfs. Les créatures mi-homme mi-taureau ou des héros combattant des lions étaient populaires. On n'a pas réussi à identifier tous les êtres mythologiques. On a trouvé aussi des objets élégamment façonnés, comme des couronnes, des dagues, des vases et des objets décoratifs. Beaucoup ont été trouvés au cimetière royal d'Our (-2600) par Sir Leonard Wooley entre 1926 et 1931. Deux des plus beaux sont deux chèvres debout appuyant leurs pattes de devant contre un arbre doré dont les branches se terminent par des rosaces. Comme l'arbre, la tête et les pattes des chèvres sont couvertes de feuilles d'or, leur ventre de feuilles d'argent, leur toison de coquillages, leur barbiche et leurs cornes sont gravées dans le lapis lazuli.

La sculpture sumérienne, généralement en albâtre, offre une grande variété de styles, leurs formes géométriques étant parfois très spectaculaires. Elle comprend des figures de fidèles, prêtres ou rois, dont quelques-unes sont des femmes. Douze sculptures ont été trouvées au Temple d'Abou à Tell Asmar. Ces personnages de pierre (-2750/-2600, Musée iraqien, Institut oriental, Chicago et Musée d'Art Métropolitain, New York) ont les mains jointes, des grands yeux ronds faits de coquillages et de chaux noire. Un homme assis en albâtre (-2400, Louvre) de Mari est légèrement plus réaliste. L'architecture de Mari (Tell Hariri, Syrie) de cette période révèle l'influence des régions situées à l'ouest de la Mésopotamie.

La période akkadienne

Les Akkadiens, des Sémites, s'imposent progressivement vers la fin du XXIVème siècle avant J.-C. Sous Sargon Ier le Grand (règne de -2335 à -2279 environ), ils étendent leur domination sur Sumer et unifient toute la Mésopotamie. Le peu qu'il reste de l'art akkadien témoigne d'une grande maîtrise technique, d'une grande énergie et de beaucoup d'esprit. Dans les villes akkadiennes de Sippar, Assour, Eshnuna, Tell Brak et la capitale Akkad (dont on ignore l'emplacement), le palais devient plus important que le temple. Une magnifique tête de cuivre de Ninive (Musée iraqien), représentant probablement Naram-Sin (règne de -2255 à -2218 environ), le petit-fils de Sargon, souligne la noblesse de ces rois akkadiens, qui prenaient l'aspect de dieux. Naram-Sin est aussi le sujet d'une stèle de grès adroitement exécutée (Louvre), qui représente une victoire de l'armée dans la montagne. Il porte un casque à cornes, symbole de divinité, et, à la différence de la stèle d'Ennatum, la victoire n'est pas attribuée à un dieu. Les puissances célestes sont représentées seulement par les étoiles au-dessus de la montagne. Le rythme du mouvement de l'armée triomphante de Naram-Sin escaladant la montagne, l'ennemi étant repoussé vers le bas de la montagne, est parfaitement adapté à la forme de la stèle.

Les principales innovations des Akkadiens sont celles des fabricants de sceaux. Le moindre espace de chaque sceau est rempli d'action. Les héros et les dieux affrontent des animaux, tuent des monstres et conduisent des chars dans des processions. Un nouveau thème akkadien se développe et se poursuit: la scène de présentation dans laquelle un dieu ou un intermédiaire du dieu présente un personnage qui se tient derrière lui à un dieu plus important, assis. Hormis l'épopée de Gilgamesh, de nombreux mythes représentés ainsi n'ont pas reçu d'interprétation.

La période néo-sumérienne

Après une domination de près d'un siècle et demi, l'Empire akkadien tombe sous les coups des nomades Gutis, qui n'ont pas de pouvoir centralisé. Les cités sumériennes d'Our et de Lagash relèvent la tête, ce qui conduit à l'âge néo-sumérien, appelé aussi troisième dynastie d'Our (-2112/-2004).

D'imposants édifices religieux en brique et comprenant des ziggourats sont construits à Our, Eridou, Nippur et Ourouk. Goudéa (-2144/-2124), roi de Lagash, contemporain d'Our-Nammu, le fondateur de la troisième dynastie d'Our, est représenté sur plus de 20 statues de pierre dure noire. Le visage arrondi et la musculature des bras et des épaules montrent un plus grand souci de réalisme chez le sculpteur que chez ses prédécesseurs. D'autres sculptures et bas-reliefs sont tout à fait statiques, sauf celles de figures hybrides d'hommes-animaux. Les plus vivantes sont de petites plaques de terre cuite représentant des fidèles procédant à des sacrifices d'animaux, des héros légendaires, des musiciens et même une femme allaitant un enfant.

La période babylonienne ancienne

Avec le déclin des Sumériens, le pays est de nouveau unifié par des rois sémites (-2000/-1600), dont le plus important est Hammourabi de Babylone (règne de -1792 à -1750). Le bas-relief représentant le roi avec son célèbre code de lois (-1760, Louvre) n'est pas très différent des statues de Goudéa (bien qu'il n'ait pas les mains jointes), et il n'a pas d'intermédiaire devant le dieu du Soleil Shamash. L'art le plus original de la période babylonienne vient de Mari et comprend des temples et un palais, des sculptures, des ouvrages en métal et des peintures murales. Comme en général dans l'art mésopotamien, les animaux sont représentés avec plus de réalisme que les humains. Des petites plaques de Mari et d'autres sites montrent des musiciens, des lutteurs, un charpentier et des paysans dans leur vie quotidienne. Ces scènes sont bien plus réalistes que l'art religieux et les représentations des rois.

Les dynasties Kassite et Elamite

Les Kassites ne sont pas originaires de Mésopotamie. Ils sont présents à Babylone peu après la mort d'Hammourabi mais ne prennent le pouvoir que vers -1600. Les Kassites s'adaptent à leur nouvel environnement et à son art. Les Elamites, venus de l'ouest de l'Iran, détruisent le royaume kassite vers -1150. Leur art révèle aussi une imitation provinciale des anciens styles Leur admiration de l'art akkadien et babylonien les pousse même à emporter la stèle de Naram-Sin et le code d'Hammourabi dans leur capitale à Suse.

L'Empire assyrien

On connaît peu de choses des débuts de l'art assyrien entre le XVIIIème et le XIVème siècle avant J.-C. L'art de la période intermédiaire (-1350/-1000) montre une certaine influence assyrienne sur les traditions babyloniennes. Les sujets religieux sont présentés de manière rigide, mais les thèmes séculiers sont traités de manière plus naturaliste. Pour les temples, les Assyriens appréciaient le style de la ziggourat. A cette époque, la technique du vernissage coloré de briques était en usage en Mésopotamie. Cette technique a donné plus tard les décorations typiques de l'architecture néo-babylonienne avec des briques vernies. Les motifs comme les arbres sacrés et les griffons à crête sur les cylindres de sceaux et les peintures murales des palais venaient probablement de l'art mitanni. La végétation y est représentée de manière plus stylisée et artificielle. Les dieux sont souvent remplacés par des symboles. Les oeuvres d'art et d'architecture étaient souvent exécutées pour le compte de Tukulti-Ninurta Ier (règne de -1244 à -1207) à Assour ainsi que pour sa résidence à Kar-Tukulti-Ninurta. La distance qui sépare les dieux des humains est très soulignée dans ces oeuvres. La frise constituée de scènes représentées sur des stèles et des sceaux est un des aspects les plus importants de l'art assyrien.

Le génie de l'art assyrien s'épanouit dans la période néo-assyrienne (-1000/-612), une époque de grands constructeurs. Un grand roi assyrien, Assourbanipal II (règne de -883 à - 859) a construit Nimroud (Kalhu ou Calah dans la Bible). Les murs de Nimroud entourent une superficie d'environ 360ha comprenant la citadelle avec les principaux bâtiments royaux comme le Palais de nord-ouest, décoré de bas-relief. Sargon II (règne de -722 à -705) gouverne à partir de la ville de Khorsabad (l'ancienne Dur-Sharrukin), qui s'étend sur 2,6 kilomètres carrés et est entourée par un mur avec sept portes, dont trois sont décorées de bas-reliefs et de briques vernies. Dans la ville s'élèvent son palais de plus de 200 pièces et cours, un grand temple et des temples de moindre importance, et des résidences. L'ensemble était partiellement achevé à sa mort. Son fils et successeur, Sennacherib (règne de -705 à -681) choisit comme capitale Ninive où il construit son “Palais sans rival”, appelé aussi le palais du sud-ouest. Le palais du nord à Ninive est construit par Assourbanipal (règne de -668 à -627). Les rois assyriens ornent leurs palais de magnifiques bas-reliefs. L'albâtre de la région du haut Tigre est plus facile à graver que les pierres dures utilisées par les Akkadiens et les Sumériens. Des chroniques de la supériorité du roi au combat et à la chasse sont représentées en bandes horizontales accompagnées de textes cunéiformes, gravées sur les murs intérieurs et extérieurs du palais pour impressionner les visiteurs. Ceux-ci sont salués par de gigantesques sculptures de gardien à la porte.

Les gardiens sont des génies hybrides, des hommes ailés à tête de lion ou des taureaux à cinq pattes, comme on en voit à Nimroud et à Khorsabad. Des figures mythologiques sont parfois représentées, un personnage ressemblant à Gilgamesh avec un lionceau, ou un fidèle faisant un sacrifice, comme ce portrait idéalisé de Sargon II avec un bouquetin trouvé à Khorsabad (-710, Louvre). Cependant, les sujets de ces bas-reliefs en albâtre sont généralement profanes. Le roi chassant le lion et d'autres animaux, le triomphe des Assyriens sur leurs ennemis ou une fête royale dans un jardin comme dans une scène avec Assourbanipal de Ninive (VIIème siècle avant J.-C., British Museum). Le harpiste du roi et les oiseaux dans les arbres font de la musique pour le couple royal qui déguste du vin tandis que des serviteurs chassent les mouches et veillent à leur confort. Près d'eux, la tête du roi Elam suspendue à une branche est un sinistre rappel de la puissance assyrienne.

Les sculpteurs excellent dans la représentation de scènes de chasse et leur observation des animaux réels est encore plus impressionnante que leur imagination pour créer des animaux hybrides. La mort du lion et de la lionne (-668, British Museum), détail d'une scène de chasse au palais d'Assourbanipal à Ninive, compte parmi les plus belles études d'animaux du monde antique. D'autres bas-reliefs de ce monument représentent des scènes réelles: des batailles, le siège et la prise d'une ville, la vie quotidienne dans un camp militaire, la capture de prisonniers et les traitements sévères infligés aux opposants à la conquête.

Les bas-reliefs de Nimroud, Khorsabad et Ninive ne représentent pas seulement l'apogée de l'art mésopotamien, ce sont de plus de précieux documents historiques. Ils n'ont pas le réalisme ni la perspective des scènes en ville, sur mer et sur terres des oeuvres plus tardives du monde occidental, mais l'habileté de ces sculpteurs rend parfaitement reconnaissables les places fortifiées, les navires, les chars et les chevaux, les équipements de chasse, les armes et les costumes. Les différents groupes ethniques qui habitaient en Mésopotamie, en Syrie et en Palestine au Ier millénaire avant J.-C. sont représentés avec réalisme et peuvent être identifiés par leurs costumes, leurs coiffures et la physionomie de leur visage. Entre les bas-reliefs du IXème siècle à Nimroud et ceux du VIIème siècle avant J.-C. à Ninive, on note une évolution. Dans les premiers, les armées ne comptent que quelques soldats et le rapport entre la taille des hommes et celle des monuments est irréel, et les scènes se succèdent sur des bandes horizontales. Les scènes des reliefs de Ninive, creusées moins profondément, remplissent le plan de nombreux détails et les personnages se superposent par endroits, donnant une impression plus réelle de l'espace.

L'art du sceau assyrien combine réalisme et mythologie. Les scènes naturalistes contiennent des symboles religieux. De belles sculptures sur ivoire trouvées à Khorsabad et surtout à Nimroud sont aussi de cette période. Deux plaques en ivoire de Nimroud représentent chacune une lionne attaquant un Ethiopien (Musée iraqien et British Museum). Gravées dans l'ivoire, d'environ 10cm de hauteur, elles sont en partie dorées et incrustées de lapis lazuli et de pierres rouges. Ces objets sont peut-être d'une origine étrangère à l'Assyrie, car ils ressemblent à des pièces d'artisanat syro-phéniciennes trouvées à Arslan Tash, capitale du royaume d'Israël, sur le cours supérieur de l'Euphrate. Les plaques représentant une lionne contiennent une iconographie égyptienne et sont des produits du plus bel artisanat phénicien. Sur la pièce qui se trouve au British Museum figure la lettre phénicienne aleph, probablement la signature de l'artisan. Ces objets étaient soit importés de Phénicie, soit exécutés par des artisans phéniciens à la cour assyrienne. Des milliers de sculptures sur ivoire d'une grande variété de styles ont été retrouvées à Nimroud. Un grand nombre d'entre elles avaient été jetées dans l'un des deux puits du palais du nord-ouest lors du sac de la ville vers -612.

L'art des peuples vivant aux confins de l'Empire assyrien est loin d'atteindre la beauté des oeuvres créées dans la capitale. A Tell Halaf, le palais d'un souverain local était décoré d'étranges bas-reliefs et de sculptures représentant parmi d'autres hybrides un homme scorpion. Sur le site de Tell Ahmar dans le nord de la Syrie, l'ancien Til Barsip (en assyrien Kar Shalmaneser), on a découvert un palais décoré de peintures murales assyriennes. Certaines de ces peintures datent probablement du milieu du VIIIème siècle avant J.-C., d'autres seraient du VIIème siècle, issues de transformations du palais par Assourbanipal. Des constructions plus anciennes offrent des scènes où apparaissent des génies ailés, le défaite des ennemis et leur impitoyable exécution, des audiences accordées à des personnages importants et des scribes faisant le relevé du butin pris aux nations vaincues. Des peintures de Khorsabad représentent des personnages présentant leurs hommages à une divinité. Des fouilles à Luristan, région montagneuse de l'ouest de l'Iran ont permis d'extraire de beaux bronzes représentant des créatures fantastiques datant probablement du milieu ou de la fin de la période assyrienne. Ces bronzes étaient utilisés comme décorations pour chevaux, armes et ustensiles divers.

La période néo-babylonienne

(626 - 539 avant J.-C.) Les Babyloniens, alliés aux Mèdes et aux Scythes, sont victorieux des Assyriens en 612 avant J.-C. et mettent à sac Nimroud et Ninive. Ils ne créent pas de nouveau style ou de nouvelle iconographie. Des pierres de bornage représentent des scènes classiques de rois avec des symboles divins. La créativité néo-babylonienne se manifeste dans l'architecture de la capitale, Babylone. Cette immense cité, détruite en -689 par l'Assyrien Sennacherib, est restaurée par Nabopolassar (règne de -626 à -605) et son fils Nabuchodonosor II. Il a fallu 88 ans pour reconstruire la ville, de part et d'autre de l'Euphrate. Elle est alors entourée de murs intérieurs et extérieurs. Au milieu se trouve Esagila, le temple de Mardouk, avec sa ziggourat de sept étages nommée Etemenanki, connu plus tard sous le nom de tour de Babel. La ziggourat avait une hauteur de 91m et portait à son sommet un temple de briques séchées revêtues de briques cuites. Le chemin des processions partait du temple en direction du nord et était bordé de murs décorés de lions d'émail. Il passait sous la porte d'Ishtar et conduisait à un petit temple à l'extérieur de la ville où avait lieu le festival du Nouvel An. A l'ouest de la porte d'Ishtar se trouvaient deux palais. A l'est du chemin de procession s'étendait un quartier devenu résidentiel à l'époque d'Hammourabi. Il reste peu choses de la ville, comme il reste peu de choses des fameux Jardins Suspendus, l'une des sept merveilles du monde, au palais de Nabuchodonosor II. La porte d'Ishtar (-575) est l'un des rares vestiges. Sa façade de briques vernies et le chemin des processions qui y conduit ont été mises au jour par des archéologues allemands qui ont emporté les briques pour reconstituer la porte à Berlin. L'ensemble qui fait 30 m de longueur est exposé au Vorderasiatische Museum à Berlin. Le département des Monuments Antiques d'Irak a entrepris, sur le site de l'ancienne Babylone, la restauration d'une ancienne version de la porte d'Ishtar, du chemin de procession et du palais de briques. Le dernier roi babylonien, Nabonidus (règne de -556 à -539), reconstruit la capitale Sumérienne, Our, avec la ziggourat de Nanna, rival de la ziggourat d'Etemenanki à Babylone. La ziggourat est relativement bien conservée et sa façade de briques a récemment été restaurée.

En -539, le royaume néo-babylonien tombe aux mains du roi perse achéménide, Cyrus le Grand. La Mésopotamie est incorporée à l'Empire perse et un palais royal est construit à Babylone, qui devient l'une des capitales administratives de l'Empire. Parmi les vestiges de Babylone se trouve, sur le site d'Humra, un théâtre construit par Alexandre le Grand, conquérant de l'Empire perse. La grandeur de Babylone arrive à son terme en -250, lorsque ses habitants vont s'installer à Séleucie, fondée par les successeurs d'Alexandre le Grand.

Les travaux archéologiques sur la Mésopotamie ont été interrompus en 1991 par la guerre du Golfe, et il est à craindre que de nombreux sites aient été endommagés par les bombardements.