Nil

Pendant plus de 7 000 ans, des civilisations ont prospéré dans le désert de l'Afrique du nord-est. Cela grâce à la présence d'une étroite bande de terre arable le long des rives du Nil. Il existe peu d'autres sites où la population ait vécu ainsi en relation étroite avec un fleuve pendant une aussi longue période. De nos jours, le Nil est un lien de communication vital pour plusieurs pays africains ; par ailleurs, son potentiel touristique commence à être développé, en particulier en Egypte.

Le fleuve du désert

Sans le Nil, presque toute cette région, et la quasi-totalité de l'Egypte, serait un désert inculte interdisant pour ainsi dire toute vie humaine. Or ce fleuve arrose approximativement un dixième de la superficie du continent africain. Ses eaux boueuses drainent un ruban de vie en plein cœur du désert. En aménageant le cours du Nil grâce à des barrages, des digues et de vastes systèmes d'irrigation, il a été possible d'accroître la production agricole et de faire vivre des économies modernes.

La longueur et la source du Nil ont toujours été contestées. Depuis la naissance du Nil Blanc, au lac Victoria, le fleuve parcourt environ 5 472 km. Mais si l'on prend en compte son affluent le plus lointain, le Ruvironza, au Burundi, sa longueur totale dépasse 6 671 km. Le lac Victoria fournit l'essentiel des eaux du Nil Blanc.

Toutefois, le Nil Blanc n'alimente le Nil qu'en partie seulement. C'est en effet au Nil Bleu, qui prend sa source dans le lac Tana, dans les hauts plateaux éthiopiens, qu'il faut attribuer l'essentiel du volume du Nil. Ces eaux au débit rapide ont creusé de spectaculaires vallées encaissées. Lors de son passage à travers le Soudan dans sa course vers le nord, le Nil franchit un vaste marécage baptisé le Sudd. Les températures élevées de cette région provoquent une forte évaporation des eaux du Nil Blanc. Le régime du Nil Blanc étant beaucoup plus régulier, ce sont les variations de débit du Nil Bleu qui provoquent les fameuses crues annuelles du Nil. Le Nil Bleu alimente plus de 80% des eaux du Nil. Au fil des années, les inondations saisonnières ont été de mieux en mieux maîtrisées grâce à la construction de nombreux barrages et systèmes d'irrigation.

L'aménagement des eaux du Nil

La domestication des eaux du Nil est un défi qui dure depuis la naissance de la civilisation. Les premières communautés agricoles sédentarisées de la planète s'établirent vraisemblablement sur les rives du Nil. Les anciens Égyptiens recouraient à des bassins d'irrigation pour faire pousser leurs cultures. Lorsque les eaux du fleuve montaient à la fin de l'été, elles se déversaient en effet dans de vastes bassins entourés de murs de boue. Elles y stagnaient environ deux mois, en y déposant un lit de limon et saturant le sous-sol. Lorsque l'excédent d'eau se retirait au moment de la décrue, les fermiers récupéraient ainsi des champs riches et humides propices aux cultures hivernales. En se retirant, les eaux évacuaient par la même occasion les sels nocifs accumulés dans le sol.

L'inconvénient de ce système d'irrigation résidait dans le fait qu'il ne permettait qu'une seule récolte annuelle. De nos jours, de nombreux barrages assurent une irrigation permanente sur une zone plus étendue.

Le premier barrage d'Assouan fut construit en 1902 afin de maîtriser les débordements du Nil Bleu et de favoriser les cultures par l'irrigation. Depuis lors, il a été surélevé à deux reprises. La construction du gigantesque haut barrage d'Assouan (Sadd el-Ali) donna naissance au lac Nasser, l'un des plus grands plans d'eau artificiels du monde. La superficie cultivable égyptienne s'est ainsi trouvée considérablement agrandie et d'énormes générateurs fournissent désormais l'électricité.

Aménagements hydrauliques

Le projet de Gezireh destiné à développer la culture du coton naquit dans les années 1920, dans la région comprise entre les Nils Bleu et Blanc, au Soudan. Dans les années 1950, on l'étendit à la région de Managil en multipliant de la sorte les zones bénéficiant d'une irrigation permanente. En 1966, la construction du barrage de Roseires sur le Nil Bleu au Soudan en accrut encore la superficie.

On dit parfois qu'aucun pays du monde ne dépend aussi fortement que l'Egypte de l'irrigation pour son agriculture : l'on pourrait ajouter qu'aucun autre pays ne dispose d'aussi remarquables réserves d'eau et de sols d'une aussi bonne qualité. Le Nil fournit toute l'eau en question et nourrit les sols depuis des milliers d'années. Grâce à ce fleuve, la population égyptienne vie dans l'une des régions les plus peuplées du monde en n'occupant que 4 % de la superficie du pays.

Les eaux du Nil autorisent ainsi deux récoltes annuelles sur la quasi-totalité des terres cultivables. L'agriculture égyptienne bénéficie d'un des niveaux de productivité les plus élevés du monde.

Malgré tout, l'Egypte est confrontée à de graves problèmes économiques et doit constamment lutter pour améliorer ses rendements agricoles face à une croissance démographique forte et à un potentiel restreint de terres non exploitées. Pourtant, à l'avenir comme par le passé, la réussite passera par l'apprivoisement des généreuses eaux du Nil.