L'Algérie, al-Jeza'ir en arabe, est le plus grand pays du Maghreb, situé entre le Maroc à l'ouest, la Tunisie et la Libye à l'est. Ce pays a eu une histoire très riche et tourmentée.
Justnien échouera et, au VIIIème siècle, les Arabes envahissent l'Afrique du nord. Ils y introduisent une nouvelle religion, l'islam. En Algérie, une tribu (sans doute convertie au judaïsme) leur résiste; son chef est une prêtresse, Kahina. Les berbères finissent néanmoins par se plier à l'autorité arabe et acceptent l'islam. L'Algérie devient alors une province du califat omeyyade. La présence arabe en Algérie ne se fait que très peu sentir; les Arabes, en effet, forment une élite regroupée dans les villes. Au VIIIème siècle, à l'occasion d'un conflit de succession, les berbères parviennent à imposer leur propre gouvernement musulman. Beaucoup s'intègrent au courant chiite, et ils fondent plusieurs états tribaux. L'un des plus important est l'Etat des Rustamides, à Tahert, au centre de l'Algérie. Tahert prospérera durant les VIIIème et IXème siècles. Du XIème au XIIIème siècle, deux dynasties berbères successives (les Almoravides et les Almohades) réunissent sous leur autorité le nord-ouest de l'Afrique et le sud de l'Espagne. Sous les Almohades, la capitale est Tlemcen. Celle-ci possède de superbes mosquées, des écoles coraniques, et devient un important centre d'artisanat. Les ports algériens, tels que Bejaia, Annaba et Alger (qui gagne sans cesse en importance), vivent d'un commerce actif avec les villes européennes vers lesquelles ils exportent les très recherchés chevaux arabes, de la cire, du cuir et des tissus.
En 1269 l'effondrement des Almohades déclenche une compétition sans merci entre les ports de la Méditerranée, qu'ils soient musulmans ou chrétiens. Afin de prendre l'avantage, les gouvernements des villes décident de faire appel à des corsaires qui attaquent les bateaux, volent les cargaison et font prisonnier l'équipage pour exiger une rançon. Alger est particulièrement active dans ce domaine. Au XVIème siècle, les Espagnols catholiques assiègent plusieurs ports d'Afrique du nord. Ils font le blocus d'Alger et ne la libèrent qu'en échange d'une rançon. D'autres ports sont ensuite encerclés. En désespoir de cause, les musulmans font appel au sultan ottoman, calife du monde islamique. Deux frères corsaires, les Barbarossa (Barberousse) persuadent le sultan de leur confier une flotte. Ils font voile vers l'Afrique du nord et chassent les Espagnols de la plupart des villes conquises. En 1518, le plus jeune, Khayr al-Din (1483?-1546) est nommé Obeylerbey, c'est-à-dire représentant du sultan en Algérie. Trop éloignée de Constantinople, la capitale turque, Alger est gouvernée comme une province autonome. Grâce à l'efficacité de ses vaisseaux corsaires, Alger possède un pouvoir important. Les corsaires algériens dominent toute la Méditerranée. Les pays européens paient régulièrement un tribut pour assurer la sécurité de leurs navires, ce qui fournit à Alger un revenu élevé; la ville peut de plus compter sur les rançons des prisonniers. A l'intérieur des frontières, la sécurité est assurée par des garnisons de janissaires ottomans. A la fin du XVIIIème siècle, l'amélioration des armes à feu et des bateaux permet à l'Europe de résister aux corsaires. C'est le début du déclin d'Alger et des Ottomans. Des accords internationaux déclarent les corsaires hors-la-loi, et des actions contre Alger sont organisées. En 1815, les Etats-Unis y envoient une escadrille navale. L'année suivante une flotte anglo-hollandaise detruit presque entièrement ses défenses, et en 1830 Alger est envahie par une armée française.
La France annexe l'Algérie en 1834, et rencontre une résistance forcenée des tribus habituées à une domination turque très indirecte. Le chef de cette résistance est Abd el-Kader (1803-1883), un musulman qui prétend descendre de Mahomet. Par des attaques éclair et des tactiques de guérilla, il réussit longtemps à tenir tête aux Français. Il n'est vaincu qu'en 1847, et il demeure aujourd'hui encore un héros pour les nationalistes algériens. Débarrassée de l'Emir Abd-El-Kader, la France entreprend la colonisation du pays entier. Les colons européens s'installent sur le territoire algérien. Les Français, pour faciliter l'installation de nouveaux colons, confisquent les terres des propriétaires algériens, ou les leur achètent à bas prix. Les colons français constituent une élite privilégiée. A l'aide de capitaux français, ils développent une économie moderne, avec des industries, des banques, des écoles, des magasins et des services. L'agriculture algérienne est soumise à l'économie française: le vin et les agrumes produits sont envoyés en France. Certains européens y gagnent d'immenses fortunes, mais la plupart sont fermiers, commerçants ou ouvriers. Tous croient passionnément à l'Algérie française. La population musulmane, si elle bénéficie des aides sociales et du développement économique, est toutefois désavantagée et soumise à de nombreuses restrictions. La loi française lui interdit d'organiser des réunions publiques, de porter des armes à feu ou de quitter ses villages sans autorisation. Légalement, les Algériens sont citoyens français, mais pour devenir citoyens à part entière il leur faut renoncer à leur religion. Rares sont ceux qui acceptent cette condition. La population musulmane augmente peu à peu et, en 1930, elle atteint 5 millions. Une petite minorité, éduquée dans les écoles françaises, en adopte la culture. Les colons ne la considèrent pas pour autant comme leur égale. C'est dans ce groupe que naîtra le mouvement nationaliste algérien.
Le nationalisme se développe après la Première Guerre mondiale parmi des musulmans qui réclament l'égalité entre Arabes et Européens. Ferhat Abbas et Ahmed Messali Hadj (1898-1974), un communiste, sont parmi les plus importants leaders des années 1920 et 1930. En 1936, le gouvernement français propose un plan instaurant l'égalité pour les vétérans de guerre, mais l'Assemblée nationale le rejette. Durant la Seconde Guerre mondiale, Ferhat Abbas, furieux contre l'obstination des colons, organise avec Messali Hadj un parti militant anti-français. Après la guerre est créée la première assemblée parlementaire algérienne, avec des délégués français et musulmans en nombre égal. Ce système, inefficace, ne satisfait ni les Algériens ni les colons. Les nationalistes prônent alors la révolte armée. Au début des années 1950, beaucoup d'entre eux prennent le maquis ou quittent le pays.
En mars 1954, Ahmed Ben Bella, un ancien sergent de l'armée française, rejoint huit algériens exilés en Egypte; ils forment un comité révolutionnaire qui prendra plus tard le nom de Front de Libération National (F.L.N.). Le 1er novembre 1954(la “Toussaint rouge”), le F.L.N. entame son combat en attaquant des bâtiments publics, des postes de polices, des casernes et les équipements de communication. La guérilla s'intensifie durant les deux années qui suivent, et les Français se voient contraints d'appeler des renforts. 400.000 soldats français occupent l'Algérie. La stratégie du F.L.N. combine la guérilla d'Abd el-Kader et le terrorisme. L'armée répond alors à la guérilla, tandis que les meurtres et les enlèvements d'Européens et d'Algériens ne soutenant pas activement le F.L.N. créent un climat de peur dans tout le pays. Un contre-terrorisme fait son apparition, les colons et les soldats français attaquant des villages musulmans pour en massacrer les habitants. En 1956, la guerre gagne les villes. A Alger, les cafés, les écoles et les magasins deviennent des cibles faciles; les nationalistes cherchent à miner le moral des français et à attirer l'attention du monde entier sur leur combat. La révolte d'Alger est durement réprimée. Dans le reste du pays, les Français remportent les combats en employant de nouvelles tactiques. Des villages entiers sont rasés, pour punir leurs habitants d'avoir soutenu la guérilla. Des Algériens sont déportés dans des camps étroitement surveillés. Des clôtures électrifiées le long des frontières tunisiennes et marocaines empêchent les membres du F.L.N. exilés de rejoindre les troupes présentes en Algérie. Les militaires français n'hésitent pas à pratiquer la torture pour faire parler, ou dissuader, les dirigeants de la rébellion. Malgré sa supériorité militaire, la France ne parvient pas à trouver une issue à la crise. La pression internationale sur la France se fait plus forte, et ses alliés de l'OTAN s'inquiètent de la position des armées françaises dans une guerre très controversée. En mai 1958, les colons et les officiers de l'armée française s'allient pour renverser le gouvernement. Un Comité de Salut Public demande le retour au pouvoir du Général de Gaulle, dans l'espoir qu'il mettra fin à la guerre et sauvera l'Algérie française. Après avoir repris le pouvoir, de Gaulle, réaliste, reconnaît qu'il n'est pas possible de gagner la guerre. En 1959, il annonce qu'il va demander aux Algériens de choisir entre l'indépendance et la poursuite de la colonisation. Cette décision fait l'effet d'un coup de tonnerre parmi les colons. Ils fomentent une révolte contre de Gaulle; celle-ci échoue en 1960. En 1961, un groupe de généraux tente à nouveau de le renverser. Néanmoins, l'armée demeure fidèle au gouvernement. Aux côtés des généraux rebelles se trouve un groupe de colons et de militaires extrémistes, l'Organisation de l'Armée Secrète (O.A.S.). L'O.A.S. mène une violente campagne de terrorisme contre le F.L.N. et les autorités françaises. En mars 1962, un cessez-le-feu est décidé à Evian entre le gouvernement et les représentants du F.L.N.. Un référendum, depuis longtemps réclamé, a lieu en juillet de la même année. L'Algérie, à une écrasante majorité, choisit l'indépendance. Les colons quittent massivement le pays; avant la fin de l'année, il ne reste presque plus d'Européens en Algérie. Guerre d'Algérie aura provoqué la chute de la IVème République française et suscité un profond malaise dans l'opinion publique.
Article complet : Guerre d'Algérie
Les accords d'Evian déclarent l'indépendance de l'Algérie, et lui garantissent une aide de la France pour réparer les dégâts dus à huit ans de guerre. De plus, la France lui reconnaît la possession du Sahara, avec ses puits de pétrole et de gaz mis en place pendant l'occupation. De son côté, le F.L.N. garantit la protection et l'égalité civile aux Européens qui sont restés en Algérie. La France a perdu 100.000 hommes, l'Algérie plus d'un million; 1,8 million d'Algériens sont réfugiés. De plus, 150.000 musulmans pro-français sont assassinés par le F.L.N. Le départ des Européens prive l'Algérie d'une grande partie de son élite. Des rivalités internes, négligées pendant la guerre, divisent le F.L.N.. A Tripoli, les leaders du F.L.N. font de l'Algérie un Etat socialiste, le Front de Libération Nationale devient la seule organisation autorisée. L'autorité politique est exercée par un bureau central du F.L.N. L'économie est contrôlée par l'Etat, et les anciennes terres des colons sont gérées par leurs ouvriers. Sur les autres sujets, les désaccords sont nombreux, et une guerre civile éclate entre différentes factions. Le Colonel Boumediène, chef de l'Armée de Libération Nationale, soutient Ahmed Ben Bella qui, en septembre 1962, est élu au poste de président. Il le restera trois ans, tentant de reconstruire le pays. La première constitution est approuvée par les électeurs en 1963; elle instaure un gouvernement présidentiel. Le seul moyen de contrôler les actes du président est une décision de censure votée aux deux tiers par l'Assemblée nationale. Ben Bella se laisse prendre au piège d'un tel pouvoir, cherche à augmenter encore son autorité personnelle et devient de plus en plus tyrannique. En 1965, Houari Boumediène, ministre de la défense, réalise que Ben Bella va trop loin; il le fait arrêter et prend le pouvoir.
L'Algérie commence à mettre à profit ses vastes ressources. Le F.L.N. perd de son pouvoir au profit de l'armée. Houari Boumediène crée un Conseil Révolutionnaire de 26 membres; ce conseil détient l'autorité suprême. Ses membres sont des militaires et des proches de Houari Boumediène. La séparation en factions distinctes et le pouvoir personnel sont strictement interdits. Houari Boumediène conserve une position prédominante (il est président, Premier ministre et ministre de la Défense) mais le principe de gouvernement collégial est observé. L'Algérie connaît alors un développement économique rapide et trouve un système politique viable. La constitution de 1976 fait de l'Algérie un Etat socialiste dirigé par le F.L.N. et Houari Boumediène est élu président. A sa mort en 1978, le colonel Benjedid le remplace. Il poursuit la politique de Boumediène mais allège certains contrôles et, en 1980, libère l'ancien président Ben Bella. En 1984, Benjedid est le seul à se présenter aux élections présidentielles. En 1988 ont lieu des affrontements entre de jeunes Algériens et les troupes du gouvernement, et Benjedid allège la domination du F.L.N. sur la politique du pays. En décembre, il est réélu pour cinq ans. Il instaure une nouvelle constitution en février 1989. Aux élections provinciales et municipales de 1990, le Front islamique du Salut (F.I.S.) bat largement le F.L.N. En janvier 1992, un ballottage au premier tour des élections législatives rend probable la victoire du F.I.S. Un groupe de militaires et de hauts fonctionnaires contraint Benjedid à démissionner, annule les élections, suspend le pouvoir du Parlement et établit un Haut Comité National dirigé par Mohamed Boudiaff (1919-1992). Le président Boudiaff est assassiné, et Ali Kafi (1928) le remplace. Zéroual est maintenant président d'une Algérie en crise. Les problèmes économiques, identitaires, et le manque de libertés démocratiques ont favorisé le développement de mouvements radicaux, promouvant l'action violente. Au cours des élections de mai 1997, le premier scrutin pluraliste depuis de nombreuses années, le parti du président Zéroual n'a pas pu obtenir la majorité absolue. Il sera contraint de composer avec les islamistes modérés.