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Traditions
La boûqâla II
Par Djazia, sociologue
Aujourd’hui, comme toujours, en jouant à la boûqâla, personne ne se soucie de la préparation détaillée du rituel ni de son déroulement Il n’y a pas de mythe et il n’y a pas de divinité. Au reste, cette « préparation » fait sourire l’assistance qui s’impatiente de passer au jeu proprement dit. L’organisation de ce jeu ne nécessite ni dépenses financières, ni appel à des dieux ou à des djinns, ni exhibition magico-folklorique, ni promesse ou engagement, (wa‘da), auprès de quelque marabout, ni (nachra), une pratique de prophylaxie magique, ni festoiement, (zerda), qui constituent des déviances graves par rapport à l’orthodoxie islamique et propagent des innovations bida', répréhensibles, ayant pour conséquences la croyance en d’autres divinités qu’Allah,
On joue à la boûqâla, généralement, au cours d’une soirée (réunion de famille, d’amis, fêtes, veillées de Ramadhan, etc.), en toutes saisons. Mais c’est en été, par un beau clair de lune, sur les terrasses des maisons, autour d’une bonne table garnie de gâteaux faits de main de maîtresse femme, de café, de thé et de boissons rafraîchissantes que le jeu de la boûqâla trouve ses fervents et sa raison d’être. Toutefois, on estime pouvoir jouer favorablement la veille du vendredi. On dit que «la boûqâla vaccine», al-boûqâla tafçad, littéralement, elle met à l’abri, elle protège, elle immunise comme un vaccin. Après le dur labeur de la journée, pour les femmes, le véritable plaisir est de se réunir sous la clarté lunaire, sur la terrasse ou par- lois dans la chambre haute qui la surmonte, pour écouter des paroles pont elles augurent le bonheur de vivre. LES ÉLÉMENTS MATÉRIELS Puisqu’il le faut, citons les éléments matériels du jeu, comme on le ferait pour tout autre jeu:
LA PRÉPARATION Il y a différentes façons de préparer le jeu de la boûqâla. Cette préparation dépend du temps dont on dispose, de la qualité des participants et des dispositions personnelles à vouloir créer une ambiance totale pour enrichir le divertissement. Voici une manière de procéder parmi d’autres, observée dans certaines anciennes familles algéroises habitant dans la Casbah. 1 - At-tabkhîra, la fumigation: Sachant que des invités intéressés viendront passer la soirée, la maîtresse de maison, par exemple, trouve un moment avant la fin de l’après-midi pour allumer le kânoûn, encore appelé nâfukh. Elle y met du charbon qu’elle laisse brûler, puis bientôt, sur les - braises vives, elle jette quelques pincées d’ingrédients d’encens c’est ta phase de la fumigation, at-tabkhira. Ensuite, la boûqâla-récipient est présentée, retournée, son ouverture vers la fumée dégagée par l’encens qui brûle et qui s’élève du brasero. De cette manière, on purifie la boûqâla pour la rendre propre au jeu, et l’on a surtout une atmosphère très embaumée. C’est pourquoi, l’on s’évertue à trouver le parfum le plus agréable. Pendant ce temps, l’opératrice récite la formule de la tabkhira, dont voici un exemple : بَخَرنَاكْ بَالجَاوي جِيبِي لْنَا الْخْبَرْ مَنْ الْقْهَاوِي بَخَرنَاكْ بَالْحَنَّة جِيبِي لْنَا الْخْبَرْ مَنْ مَزْغَنَّة بَخَرنَاكْ بَشْبَاشَبْ الهَجَّالَة جِيبِي لْنَا الْخْبَرْ مَن عَنْدْ الْرَجَّالَة بَخَرنَاكْ بَالْزِيتْْ جِيبِي لْنَا الْخْبَرْ مَنْ كُلْ بِيتْ بَخَرنَاكْ بْشْلَخْْ الرْتَاجْ جِيبِي لْنَا الْخْبَرْ مَنْْ عَنْدْ ْالحُجَاجْ Nous t’avons soumise à la fumée du benjoin, apporte- nous les nouvelles des café. Nous t’avons soumise à la fumée du henné, apporte- nous les nouvelles d’Alger’ Nous t’avons soumise à la fumée des bouts d’étoffes provenant des vêtements d'une veuve, apporte-nous les nouvelles de chez les hommes. Nous t’avons soumise à la fumée de l’huile, apporte- nous les nouvelles de chaque maison. Nous t’avons soumise à la fumée des éclats de bois, apporte-nous les nouvelles des pèlerins. Après la fumigation, at-tabkhira, aussitôt, on remplit d’eau le récipient boûqâla et on le recouvre d’une coiffure de jeune homme, ‘âzab, une chéchia, ou une calotte, ‘arraqiya. Parfois, on se sert d’un simple mouchoir. La boûqâla est placée en quelque endroit de la terrasse, sur le sol, jusqu’au moment de jouer. Lorsque les invités sont arrivés et qu’il est temps de décider de jouer, on demande à une jeune fille d’aller chercher la boûqâla et de la poser sur la table devant le personnage principal qui va dire les poèmes-bawâqâl (pluriel de boûqâla).
UNE MANIÈRE SIMPLE DE JOUER À LA BOÛQÂLA Le cérémonial décrit précédemment est depuis fort longtemps très exceptionnellement respecté. Les habitations modernes, l’h.l.m. et l’ère de la télévision et du magnétoscope chez soi ont relégué tout à fait le brasero, kânoûn et même le récipient-boûqâla dans quelque coin aux antiquités de l’appartement. Voici une manière de jouer aujourd’hui à la boûqâla. Pour commencer, les personnes intéressées par ce jeu désignent la femme parmi celles qui savent le plus de bawâqal et qui les disent aussi avec expression dans le cas où la mémoire de cette femme est soudain défaillante, au cours de la séance, d’autres femmes lui soufflent et parfois prennent le relais pour l’assister.
Dès qu’elle est désignée, la meneuse de jeu réclame l’assistance d’une jeune fille, ou de toute autre femme, ou même cette fois-ci d'un homme pour lui demander de procéder, tout à l’heure, à la 'ouqda, le nouement. Précisons que la règle du jeu est de ne nouer qu’à propos d’une seule personne : ainsi, cette divertissante séance sera plus longue e la dédicace sera vraiment « individualisée ». La meneuse de jeu, « celle qui dit les bawâqal », récite le frâch, le préambule, ou le dou’â, l’invocation pour créer l’ambiance du jeu. L’auditoire, ayant écouté attentivement, manifeste dès la fin de la récitation de la boûqâla, son . La vérification de la boûqâla, ci contre-épreuve, est tombé en désuétude. On s’en tient donc uniquement aux points suivants :
Pour faire cesser le jeu, il y a plusieurs prétextes courtois; il suffit de déclarer : «il est tard «Nous commençons à nous fatiguer)); «Laissons quelques bawâqal pour la prochaine fois)); «C’est le moment de nous séparer», etc. On remercie l’hôtesse, on remercie toutes celles qui ont dit des bawâqal, on demande à Dieu d’exaucer les prières et de permettre d’autres rencontres aussi saines et joyeuses que celle qui vient d’avoir lieu. Telle est, aujourd’hui, la conduite la plus courante du jeu de la boûqâla dans la plupart des familles algéroises et de la région. On finit notre dossier avec quelques boûqâlates des plus connues et à vous, maintenant, de nouer et nous donner vos commentaires. 1)
بسم الله بديت وعلى النبي صليت C’est en invoquant le nom de Dieu que j’ai commencé, En priant Dieu de répandre Ses Grâces sur le Prophète B en appelant sur ses Compagnons les Bénédictions divines, O vous qui habitez la Maison. 2)
بسم الله بديت وعلى النبي صليت sur ses Compagnons les Bénédictions divines, Puis j’ai crié : O mon créateur, Q Toi qui secours qui requiert Ton secours. O seigneur ‘Abd al-Qâdir al-Djîlâlî’” Ç’est toi que j’ai choisi comme clé du Bien O toi le guide des pôles mystiques (2), O toi que mon sort n’a point encore touché, Ouvre-moi au milieu des difficultés une voie Et dresse-moi, dans les mers, une chambre hte de joie, O Bienfait de Dieu, ô Abou ‘Alâm al-Djîlâlî 3)
حبطت الى قاع البحر وصبت الرمل يغلي Je suis descendue au fond de la mer et j’y i trouvé le sab1e en ébullition. J’en ai pris dans la main droite” et j’en ai mis sur mes genoux. L’ange a pris la parole et m’a dit « Dieu dissipe les soucis. Il reviendra vers toi sain et sauf et chargé de butin, par la grâce du Prophète arabe. Par Djazia, pour WebArabic.com |
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