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Traditions dans le Monde Arabe
Le pèlerinage
Par Djazia, sociologue
Le pèlerinage que nous désignerons dans la suite du dossier par son nom arabe plus bref de h'adjj revêt dans la religion musulmane un caractère sui generis, en ce qu'il en constitue une obligation fondamentale. Certes, dans à peu près toutes les religions, à l'exception peut-être du seul protestantisme (on dit que les vieux cultes germaniques l'ignoraient aussi), l'existence des lieux entourés d'une vénération particulière, a amené les fidèles à s'y rendre nombreux, et à s'y plonger en quelque sorte dans une atmosphère sacralisée par le souvenir des grands hommes, des Saints et des grands événements de la religion en question. Il s'agit aussi, parfois, d'anciens lieux de culte, voire de pèlerinage, dont l'antique usage n'a pu être aboli par la nouvelle religion triomphante : l'humanité, disait Renan, aime à venir prier aux mêmes lieux, et V. Pareto remarquait qu'il est plus aisé d'extirper les dogmes et les croyances sociales que les rites et les cérémonies.
On trouve, de plus dans la pratique musulmane, l'usage de se rendre dans d'innombrables lieux saints. D’une renommée locale, régionale ou nationale : ceci, sans être contraire à l'esprit de l'Islam, constitue une pratique rituelle, tout à fait en dehors des prescriptions de la Loi, alors qu'en fait, et pour beaucoup de gens, il revêt une importance bien plus grande que celle du h'adjj. Ce rituel de pèlerinage aux tombeaux des Saints a été élaboré par les fidèles au cours des temps, sans que la théorie de la Loi ait cherché à en traiter. Il a parfois fait l'objet d'études de la part de pieux personnages qui ont pu l'approuver, ou le blâmer, en tout ou en partie, mais ceci n'a rien à voir avec le culte orthodoxe prescrit par le fiqh : ici, une fois de plus, casuistique et sociologie ne se confondent pas du tout. Dans le présent chapitre, et sauf ce que nous dirons de Médine et de quelques autres lieux saints, nous ne traiterons que du h’adjj, du pèlerinage à la Mekke et à ses environs en tant que pilier de la foi, le cinquième et dernier dans tous les ouvrages de fiqh. La première particularité du h'adjj est donc d'ordre dogmatique. Il est, pourrait-on dire, « de foi ». La seconde tient à l'histoire, tout à fait remarquable de sa formation historique. Normalement, peut-on penser, un pèlerinage ne se doit développer qu'assez tardivement dans une religion : il faut d'abord qu'il, y ait matière à souvenirs religieux, ou bien, s'il s'agit d'usages antérieurs, absorbés par la religion nouvelle, il faut du temps pour que celle-ci se résigne à subir ce qu'elle ne peut repousser, et c'est bien ainsi que, sauf pour le h'adjj, les choses se sont passées en Islam. Ainsi sous les Omeyades, la maison du Prophète était encore utilisée aux fins d'habitation. Sa transformation en sanctuaire est due à la mère de Haroun er-Rachid, morte en 173 de l'hégire. Mais le h'adjj ne commémore nullement des événements de l'histoire musulmane (comme par exemple pour les chi’ites, la visite pieuse de Kerbela, le martyre de H'osaïn) et, d'autre part - car il s'agit d'usages antérieurs, de survivances préislamiques -, ceux-ci sont entrés en quelque sorte de plain-pied dans le système rituel musulman, du vivant du Prophète, en vertu de révélations expresses, alors qu'ensuite le fiqh s'est refusé à accorder la moindre place à un rituel quelconque de pèlerinage. Afin de bien préciser les idées, il faut encore formuler les observations suivantes : 1° Le rituel de la Loi connaît en réalité deux pèlerinages, le h'adjj qui est obligatoire de l'avis unanime, et a lieu une fois par an à une époque fixée et la 'omra qui ne l'est pas et peut se faire à toute époque, et comprend les seules cérémonies du h'adjj Qui se célèbrent à la Mekke même. Nous aurons l'occasion d'en reparler à l'occasion du h'adjj, touchant les façons de joindre, ou non, les deux pèlerinages. 2° C'est peut-être l'idée du caractère obligatoire du h'adjj joint à l'impossibilité de l'accomplir (il y a cependant des cas de dispense) qui a fait naître dans les masses en maints endroits le sentiment que des pèlerinages locaux pourraient le remplacer. Ces curieux usages et sentiments n'existent pas, à ma connaissance en Afrique du Nord, mais on les trouve souvent ailleurs : par exemple, chez les chi’ites pour le pèlerinage aux tombeaux de leurs imams, en Arabie du Sud, au Balûchistân à Kech ; à Java, 7 pèlerinages au sanctuaire de Demak près Semarang valent un h'adjj, etc.
Il faut, au contraire, considérer comme actes de politique consciente les deux curieux faits suivants : L’omeyade 'Abd el-Mâlek fit pression sur les pèlerins de Syrie pour qu'ils remplacent le h'adjj par la visite du Roc Sacré de Jérusalem. Bien plus tard, el-Moutawwakil fit installer à Samarra une Ka'ba (cf. les innombrables grottes de Lourdes artificielles), ainsi que Mina et Arafa, et y fit faire le pèlerinage par ses émirs. Terminons ces vues générales par les observations si pertinentes du génial orientaliste hollandais, Christiaan Snouck Hurgronje Le Prophète ayant pris le pouvoir politique en mains à Médine, puis s'étant emparé de la Mekke (an 8 de l'hégire) put se mettre à l'œuvre pour déraciner le paganisme dans sa ville natale, dans toute la mesure du possible, mais « aucune religion universelle n'a pu triompher sans absorber, sous une forme modifiée, des représentations, ou des usages, qui n'appartenaient pas à son essence première. La dogmatique, chrétienne, le calendrier des Saints catholiques, l'établissent clairement : ce sont précisément les dieux auxquels on tenait le plus qui, leurs sanctuaires détruits, furent sauvés, par leur transplantation dans l'assemblée des Saints : les idées dont on ne pouvait se passer furent habillées de neuf et ainsi introduites dans l'Église. Donc, la théorie et les usages d'une religion nous fournissent des renseignements très importants touchant le culte et la mythologie qu'elle a remplacés. L'Islam non plus ne triomphe pas sans importantes concessions à' l'antique religion arabe, - tout au moins la religion dans le gens étroit de culte -, car nous ne trouvons pas la moindre trace des dieux arabes, ou de la théodicée arabe primitive dans l'Islam. » Ce ne sont pas les divinités des anciens arabes. - ils n'en avaient guère et un demi-siècle après le Prophète on en connaissait à peine encore les noms -, ce sont leurs usages rituels dont l'Islam hérita en partie. Voyons plus en détails comment cela eut lieu dans le cas du h'adjj. L'institution du h'adjj marque encore plus nettement, que le changement de qibla, la volonté de Mohammed de rompre avec le judaïsme et de rendre l'Islam religion autonome. A l'époque préislamique, il existait divers lieux sacrés, à la Mekke et dans ses environ? Immédiats : Mina, Mozdalifa, 'Arafa, 'Okâdh, Madjana, Dhoû el-Madjâz. On s'y livrait à des activités, à la foi» sacrées et profanes. Il s'y tenait des foires importantes, et à 'Okâdh des sortes de tournois littéraires aussi. Il est possible que l'Envoyé de Dieu ait admis le maintien, en quelque sorte laïc des foires dans les 3 derniers lieux cités ci-dessus, et que leur disparition soit due aux guerres civiles des premiers siècles. Mais, en ne les visitant pas, en ne les intégrant pas dans son propre pèlerinage, il leur enleva, en tout cas, leur caractère sacré, et contribua beaucoup à leur ruine. Peut-être les Mekkois ne tenaient-ils pas à leur maintien et cela expliquerait l'attitude de Mohammed. Quoi qu'il en soit, ils ne nous intéressent plus désormais ici. Il est probable que les caractères généraux de ces foires, très largement civile et commerciales, étaient partout semblables ; « Les tribus bédouines ne faisaient pas de longs voyages uniquement pour y tenir de solennelles assises, ou pour y tourner autour de la Ka'ba. Leurs besoins religieux étaient vite, apaisés et le culte à la Mekke était dépourvu de ce qui pouvait exciter les états d'âmes, sauf... l'odeur des offrandes et les repas gratis de chair de bœuf ou de chameau » (Snouck). Il y avait à la Mekke, déjà, des institutions organisées en vue d'y faciliter le séjour des pèlerins, que certains dignitaires étaient chargés de diriger. Une de ces charges, celle de la saqiya consistant à abreuver les pèlerins a d'ailleurs subsisté en Islam et continué à être l'apanage de la famille des 'Abassides, après la prise de la Mekke par les musulmans. On ne peut plus rien savoir sur l'origine de ces rites païens, elle était sans doute inconnue des intéressés eux-mêmes. Mais, comme nulle part le Qorân n'attaque vivement les Mekkois pour ce qui est du polythéisme qui aurait régné dans ces fêtes, il est probable que Vidée de celui-ci ne devait pas y prédominer ; il s'agit plutôt des usages (voir Qorân, S. 22, v. 31). Il est probable que le Prophète avait dû prendre part, avant la révélation, sinon avant l'hégire, à ces cérémonies.
Avant la réforme musulmane du calendrier, les cérémonies aux environs de la Mekke avaient lieu à l'automne ; peut-être à titre de nouvel an succédant aux mois d'été étouffants, et les diverses tribus arabes y étaient intéressées ; au contraire la 'omra aurait été célébrée à la Mekke en Redjeb (ce que continuèrent longtemps à faire les musulmans, après disparition de toute correspondance avec les saisons), c.-à-d. au printemps, à l'époque où les femelles mettent bas ; peut-être était-ce une fête des sacrifices des premier-nés. Mais, de tout cela, nous ne connaissons plus que les fragments islamisés par la politique religieuse de Mohammed. Bien entendu, dans sa prédication primitive, alors qu'il vivait à la Mekke, il n'avait aucune raison pour inciter ses rares fidèles à faire le h'adjj ; il n'y a aucune trace ni dans le Coran, ni dans la tradition de pareille chose et surtout pas d'allusions à un rapport quelconque entre la légende du patriarche Abraham et, soit la Ka'ba, soit le h'adjj. Il est tout à fait inexact (comme le croyait Dozy) que cette légende ait été propagée par des Juifs résidant à la Mekke ; la chose s'explique, comme le jeune Snouck l'établit d'une façon décisive, par un remarquable changement de politique opéré par le Prophète à Médine. Là, en effet, il est désappointé par l'hostilité des Juifs et l'Islam devient religion ayant conscience de son autonomie. L'absorption du h'adjj par l'Islam va le marquer de façon éclatante : tout en se conciliant ainsi plus tard ses adversaires, il s'en sert déjà, comme d'un argument polémique de premier ordre contre les Juifs, a La plupart de ceux-ci n'avaient pas d'objections à formuler contre son enseignement, mais n'étaient pas disposés à le reconnaître en tant que Prophète [et encore beaucoup moins comme leur Messie. G.-H. B.]. Il était d'ailleurs apparu, beaucoup moins avec la prétention de remplir les promesses faites par Dieu au peuple d'Israël, que pour prêcher le monothéisme des prophètes hébreux en Arabie. Mais ceci n'avait rien de nouveau pour les Juifs. Il ne lui restait donc que le choix : ou de se faire juif ou de détacher l'Islam du Judaïsme » (Snouck). Jusqu'alors, dans le Qorân, Abraham n'apparaît que comme un prophète, à l'instar de tant d'autres. Il prend maintenant une place de premier plan. Mohammed prêche alors la restauration de la foi d'Abraham, antérieure à celle de Moïse et de Jésus, et dont Juifs et Chrétiens se sont détournés. De plus, mieux instruit désormais par les Juifs de son histoire, il rattache le h'adjj à la légende de ce patriarche. Il sait alors - il semble l'avoir ignoré à la Mekke - qu'Ismaël, chassé avec sa mère Agar, par son père Abraham est, aux yeux des Juifs, l'ancêtre de la race arabe ; il passe maintenant avant son demi-frère Isaac. C'est alors que le Livre fait dire à Abraham : « Seigneur, j'ai installé une partie de ma postérité dans une vallée stérile proche de Ta Maison Sacrée », et il Lui demande de garder sa postérité de l'idolâtrie.. La Ka'ba est dorénavant la Maison d'Allah, reconstruite par le patriarche. Or, si après la première victoire à Bedr (an 2), des musulmans sur les Mekkois, il ne devenait pas impossible d'espérer leur triomphe définitif, combien plus grande devait être l'ardeur guerrière de ses fidèles, si Allah lui-même, leur prescrivait de prendre part aux cérémonies de la Mekke. C'est alors que diverses révélations enjoignent, en effet, aux Croyants d'accomplir le h'adjj. On ne sait ce qu'il faut le plus admirer : la profondeur politique de Mohammed (dont la bonne foi n'est pas en cause), ou la pénétration psychologique du jeune étudiant de Leiden, qui sut reconstituer la pensée de l'Envoyé de Dieu. Plusieurs années s'écoulèrent avant que put s'accomplir le pèlerinage. Une première tentative en l'an 6 échoua. Malgré des révélations qui nous paraissent très claires, le Prophète préféra traiter avec les Mekkois, à H'odaïbiya, plutôt que d'engager la lutte contre des forces supérieures : il accepta de n'entrer que l'année suivante sur le territoire sacré, pour un séjour de toujours à la Mekke en vue d'y accomplir la 'omra. On exécuta sur place un « ersatz » de pèlerinage avec les animaux de sacrifice. Les fidèles manifestèrent une très vive opposition à cette façon d'interpréter les révélation» reçues. En réalité, Mohammed avait remporté un grand triomphe politique, pour l'avenir et malgré les apparences.
Après la 'omra de l'an 7, prévue au traité, Mohammed s'empara de la Mekke en l'an 8 ; en cette année et en 9 les musulmans accomplirent le h'adjj, hors la présence du Prophète, et conjointement avec les païens. Ces derniers, impurs selon le Coran, en sont ensuite et définitivement exclus par la révélation. C'est alors qu'en l'an 10, le Prophète fit son unique h'adjj (musulman) qui a pris, pour cette raison, une énorme importance dans les discussions rituelles. Il mourut peu après, sans avoir donné un autre exemple de la façon de l'accomplir. Ensuite, certes, et peu à peu, bien des modifications et suppressions ont dû être apportées à l'antique rituel, mais, ce qui est certain, c'est qu'en moins d'un siècle, les cérémonies avaient pris, dans la nouvelle religion leur caractère définitif : « le compromis entre la religion de Mohammed et les usages de ses compatriotes était définitivement scellé » (Snouck).
Il est permis de se faire remplacer par un mandataire. Dans certaines régions, il y a même une organisation à cet effet, mais dans nos régions, on use très peu, ou pas du tout, de cette faculté, pourtant les beys de Tunis (hanéfites) exécutent de la sorte leur obligation canonique et même des pèlerinages surérogatoires. La femme doit être accompagnée de son mari, ou d'un proche parent. La 'omra n'est que tout spécialement recommandée ; en fait, il ne doit guère y avoir de fidèles, allant à la Mekke dans le but unique de l'accomplir. Peu avant d'arriver à son but, aux approches de la Mekke, le pèlerin va se sacraliser, se mettre en état d'ih'râm. Une première question se pose : il doit formuler l'intention de procéder à son acte pieux. Mais comment le fera-t-il ? Il y a 3 procédés :
1° L'ifrâd consiste à séparer complètement les 2 cérémonies du h'adjj et de la 'omra ; II semble bien, en réalité, que Mohammed ait employé le dernier procédé, ou plus exactement l'ait créé, et ceci parce que l'interdiction de rapporta sexuels durant ih'râm lui aurait été insupportable. Il semble aussi bien établi, que ce procédé n'a pas été sans scandaliser les fidèles,'Omar le futur khalife en particulier. Une révélation du Qorân (II, 192) vint prescrire un sacrifice, ou, à défaut, un jeûne, à ceux usant du tamattou'. Le h'adjj a un aspect économique très important ; il est presque la seule ressource des habitants de la Mekke, qui vivent dans un pays (particulièrement déshérité. Ils essayent donc de tirer parti des pèlerins dans toute la mesure du possible. Or, le nombre des pèlerins est très variable et dépend : d'une part, de la situation politique, intérieure ou extérieure (durant les 2 guerres mondiales, il est tombé à presque rien) et de la conjoncture économique. Ainsi, en 1927, année de prospérité mondial, il y aurait eu jusqu'à 225.000 pèlerins, en 1929, 150.000 (dont 90.000 arrivés par mer) ; mais en 1933, année de crise, le nombre des arrivées par mer n'était plus que de 20.000. Lorsque le jour d' 'Arafa tombe, ou plus exactement a des chances de tomber un vendredi (puisqu'il faut ici encore s'en tenir à l'observation de la lune) l'affluence tend à augmenter beaucoup. On arrive à 2 000 000 de pèlerins cette année Depuis que le roi Ibn Sa'oud et les Wahhabites occupent les Lieux Saints (1924) ils ont fait énormément pour améliorer le confort et la sécurité des pèlerins : auparavant cette dernière n'était que très mal assurée, même entre la Mekke et son port de Djeddah (environ 70 km.). Mais, dès avant 1914, il y avait pour les puissance coloniales un problème économique qui se posait surtout d'ailleurs pour le Pays-Bas, dont les ressortissants aux Indes Néerlandaises fournissaient un contingent très important, de pèlerins (en certaines années presque la moitié du total) : c'est la question du drainage des ressources locales vers les Lieux Saint. Il se pose à nouveau de nos jours, avec bien plus d'acuité, depuis qu'un peu partout le contrôle des changes a été établi ; il y a ensuite une question d'ordre administratif et de police sanitaire. Depuis la fin du XIXe siècle, les diverses nations? Intéressées ont établi des prescriptions et des règlementations parfois importantes, en matière d'hygiène. L'organisation matérielle du pèlerinage a retenu aussi l'attention des diverges puissances coloniales, Ainsi, pour l'Afrique du Nord, les pèlerins de Tunisie et d'Algérie, parfois aussi du Maroc s'entassent sur un seul bateau, au nombre de 2 ou 3,000, sous le contrôle, plus ou moins efficace de l'administration, dont un représentant les accompagne jusqu'à Djedda. Dans l'impossibilité d'organiser ce convoi, du fait de la guerre, le gouvernement français a envoyé, en 1944 et- 1945, des notables musulmans par avion au Hedjâz; 3° Quel est le rôle politique du pèlerinage ? Au siècle dernier, les puissances coloniales s'en sont beaucoup préoccupées ; à tort sans doute. Non point que le panislamisme d'alors, ou les nationalismes anticolonialistes d'aujourd'hui, soient choses négligeables, mais parce qu'ils n'ont guère la possibilité 4e se développer durant le pèlerinage même. Certes, il y a là, pour le pèlerin des occasion de contacts qu'il n'aurait pas sans cela, Mais on n'a pas l'impression que ceux-ci aient, été systématiquement utilisés par l'Islam p. ex. pour des Européens, il ' serait tout à fait naturel d'organiser à la Mekke des congres scientifiques, littéraires, politiques, voire..... Sportifs, à cette occasion, mais, ceci ne se pratique nullement, à cause du climat, à cause de la fatigue qu'éprouvent les pèlerins entassé en si grandes multitudes. En tout cas, le fait est là. Mais, il me semble, par mes conversations avec de nombreux pèlerins de pays divers, que cet auteur n'a pas assez insisté sur cet aspect de l'unité et de la grandeur de l'Islam qui frappe beaucoup les plus cultivés d'entre les pèlerins, et qui expliquer peut-être, pourquoi un si grand nombre de pèlerins retournent, à titre surérogatoire, aux Lieux Saints, tous pensons que, même pour des incroyants, ce serait là certainement un spectacle des plus imposants.
Il y a là une chose qui incite à la réflexion, un enseignement pour le sociologue : combien profondément peut, au cours des temps, se modifier d'une façon étrange, une institution sociale, et acquérir, sans que rien ne soit changé en apparence, une valeur psychologique et religieuse toute nouvelle. Quant aux usages en vigueur, assez généralement on s'abstient de travailler, à l'occasion de la Fête, bien que la Loi soit muette sur ce point. Diverses superstitions, qui n'ont rien de théologique, s'attachent au sang et à la chair de la victime. Il serait trop long d'en traiter ici, il suffira de mentionner la suivante qui est fort curieuse et paraît très générale en Algérie et au Maroc (elle semble inconnue en Tunisie) : on conserve pour la Fête (non canonique, mais reçue par la communauté musulmane) d' 'Achoûra, qui se célèbre le 10 Moh'arram, au début de l'année religieuse suivante, et exactement un mois plus tard, un morceau de la viande du sacrifice, préalablement séché et salé. Il m'a même été dit qu'en Grande Kabylie, c'est la bête entière qui est ainsi conservée. "Inconsciemment et en violation même des prescriptions légales de l'Islam, les Musulmans de ce pays font de ce geste religieux, up rite de passage, d'une année à la suivante sous l'égide, de l'Union divine." Eu égard au caractère de cet ouvrage, il nous suffira d'indiquer seulement l'existence dans nos régions de diverses cérémonies para légales, à l'occasion de la Fête des Sacrifices, et dont l'équivalent se retrouve plus ou moins ailleurs, tels que repas communiels, dans les campagnes, carnavals, rites du feu et de l'eau, jeux et combats rituels, chants, danses, pèlerinages collectifs, etc.
Tout ceci, nous entraîne dans le domaine de la sociologie et du folklore, lequel déborde sans cesse au delà de la Loi musulmane. Le sens normal est donc le sens bénéfique, l'autre le sens déprécatoire. Non sans raison, on a mis le premier cens en rapport avec la marche apparente du soleil qui tourne ainsi « au nord de l'équateur », autour de l'observateur, et c'est ainsi donc que se déplace l'ombre d'un objet (c'est d'ailleurs cela qui explique le sens de la rotation de nos aiguilles de montre et prouve qu'elles ont été inventées dans l'hémisphère nord). Il ne nous appartient pas ici d'entrer plus en détail dans l'examen de cette question du point de vue de la sociologie des religions comparées. Ce qui doit retenir notre attention est, par contre, ceci : pourquoi les tournées autour de la Mekke ont-elles lieu dans le sens contraire au sens rituel normal ? Jusqu'ici, on a supposé (Simpson) que le rite avait été originairement en rapport avec des tombeaux sacrés et que, par conséquent, la circumambulation s'était conservée à la Ka'ba sous sa forme funéraire, c’est à dire antisolaire. Ceci n'a rien d'impossible, mais il n'y a pas non plus le moindre indice qui rende la chose probable à un degré quelconque. Par Djazia, sociologue, pour WebArabic.com |
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