|
Traditions
L'élevage des mahara
Par Djazia, sociologue
Le mahari est beaucoup plus svelte dans ses formes que le chameau "vulgaire" (djemel) : il a les oreilles élégantes de la gazelle, la souple encolure de l’autruche, le ventre évidé du slougui (lévrier) ; sa tête est sèche et gracieusement attachée à son cou ; ses yeux sont noirs, beaux et saillants ; ses lèvres longues et fermes cachent bien ses dents ; sa bosse est petite, mais la partie de sa poitrine qui dois porter à terre lorsqu’il s’accroupit est forte et protubérante ; le tronçon de sa queue est court ; ses membres, très secs dans leur partie inférieure, sont bien fournis de muscles à partir du jarret et du genou jusqu'au tronc, et la face plantaire de ses pieds n’est pas large et n’est point empâtée ; enfin, ses crins sont rares sur l’encolure, et ses poils toujours fauves, sont fins comme ceux de la gerboise. Le mahari supporte mieux que le chameau (djemel) la faim et la soif. Si l’herbe est abondante. Il passera l’hiver et le printemps sans boire ; en automne, il ne boira que deux fois par mois ; en été, il peut, même en voyage, ne boire que tous les cinq Jours. Dans une course de ghazia jamais on ne lui donne d’orge ; un peu d’herbe fraîche au bivouac et les buissons qu’il aura broutés en route, c'est là tout ce qu’il faut à sa chair ; mais au retour à la tente, on le rafraîchira souvent avec du lait de chamelle dans lequel on aura broyé des dattes. Si le djemel est pris de frayeur ou s'il est blessé, ses beuglements plaintifs ou saccadés fatiguent incessamment l’oreille de son maître.
La race des mahara existe au aujourd'hui avec des caractères qui sont propres à elle : le mahari est au djemel (chameau) ce que le djieud (noble) est au khaddem (serviteur). On dit dans le Tell que les mahara font en un jour dix fois la marche d'une caravane (cent lieux), mais les meilleurs des chameaux et les mieux dressés, du soleil à la nuit, ne vont pas au-delà de trente cinq à quarante cinq lieux. S'ils allaient à cent, pas un de ceux qui les montent ne pourrait résister à la fatigue de deux courses, parce que le cavalier du mahari se soutienne par deux ceintures très serrées, l'une autour des reins et du ventre et l'autre sous les aisselles. Dans le Sahara algérien, après les montagnes des Ouled-Sidi-Cheikh, les chevaux sont rares, les chameaux porteurs innombrables et les mahara de plus en plus nombreux jusqu'au djebel Hoggar. L'automne est la saison ou les chameaux sont en amour, et si les sahariens ne laissent point indifféremment approcher la chamelle par le premier étalon venu, ainsi que les touaregs, ils donnent des soins spéciaux encore à la reproduction des mahara. Ces nobles animaux ont, comme les chevaux de race, des ancêtres connus et leur généalogie n'est point entachée de bâtardise. La maharia (femelle) porte douze mois ; son état de gestation n'empêche point toutefois qu'on en use encore pour la course et pour la ghazia, mais on la ménage progressivement à mesure que son terme approche. Aussitôt qu'elle a mis bas, on emmaillote avec une large ceinture le jeune mahari pour soutenir ses intestins et pour que son ventre ne prenne point un développement trop volumineux. Huit jours après, cet appareil est enlevé. Et le jeune mahari, au printemps on lui coupe tous ses poils, et de cette circonstance il est baptisé de bou-kuetaâ (le père du coupement) et cela dure un an tout en le laissant libre comme s'il était sauvage sans le fatiguer par des essais d'éducation. Le jour de son sevrage arrivé, on perce de part en part une de ses narines avec un morceau de bois pointu qu'on laisse dans la plaie, et lorsqu'il voudra téter, il piquera sa mère qui le repoussera par des ruades, et il abandonnera bientôt la mamelle pour l'herbe fraiche de la saison. Au printemps de la même année on le tond de nouveau, et il quitte son nom de bou-kuetaâ pour prendre celui de heuk (assuré). A deux ans accomplis son éducation commence : pour première leçon, on lui met un licou dont la longe vient entraver un de ses pieds ; on le maintien immobile du geste et de la voix d'abord, de la voix seulement ensuite ; on détache alors son pied entravé, mais, s'il fait un pas, on l'entrave encore ; il a compris enfin ce qu'on veut de lui, et ces leçons n'auront de fin que s'il reste un jour tout entier, sa longe trainante, à la place ou l'aura mis son maitre.
Pour apprendre à un heuk à s'accroupir, dés que son cavalier lui crie : ch ch ch ! …… on se fait aider par un camarade qui frappe avec un bâton l'animal au genou au moment ou le cri part, et jusqu'à ce que le cri seul obtienne obéissance. Pour le faire enfin aussi rapide que possible, celui qui le monte lui frappe alternativement les flancs avec un fouet en l'excitant par un cri aigu. Le jeune mahari chérit beaucoup sa chair, il part au galop, la douleur le suit, il la fuit plus vite, il passe comme une autruche, ses jambes sont des ailes ; mais, pour ne pas le fatiguer, on l'arrête de loin en tirant sur sa rêne. Si le heuk, enfin, sait s'arrêter, quelque vitesse qu'il prise quand son cavalier tombe ou saute de la rahhala, il sait tracer un cercle étroit autour de la lance que son cavalier plante en terre et reprendre le galop dés qu'elle est enlevée, son éducation est complète, et peut servir aux courses ; ce n'est plus un heuk, c'est un mahari. Si les chameaux ne sont pas aussi nobles que les mahara, ils ne sont pas moins utiles, mais ce qui fait la supériorité du mahari, c'est qu'à toutes les qualités qui sont de lui, il réunit celles du chameau aussi. Mais son éducation est si dure fait de lui une race noble et rare. La beauté ne voyage pas par caravanes. Par Djazia, sociologue |
© 2000-2008 WebArabic. Tous droits réservés.
Copyright et crédits - Conditions d'utilisation - Hébergement : PA2i







Ajouter un commentaire