|
Traditions dans le Monde Arabe
La rupture du jeûne
Par Djazia, sociologue
La fin du jeûne, c’est à dire le premier du mois de Chawwal, est marqué d'après la Loi par : la prière de la fête et la distribution de l'aumône de la rupture du jeûne (zakat el fitr
Cette prière est dite "des deux fêtes" (el-'aidaini), car elle est pratiquée aussi pour le10 du mois de pèlerinage dans les deux cas comme usage recommandé, en fait toujours observé dans la pratique. Elle s’impose à qui doit accomplir la Prière du Vendredi. Elle a lieu le matin, avant le midi vrai au plus tard, elle est de deux rek’ates et, quant au reste, ne se caractérise que par Ie prononcé de 7 tekbirs, avant la première, et de 5 avant la seconde. De plus, il est blâmable d’y faire l’appel à la Prière. Elle comporte un double prêche, comme celle du vendredi, le prédicateur devant exhorter les fidèles à verser la zakat el-fit’r. II est aussi recommandé, dans notre rite, qu’elle ait lieu, sauf à la Mekka non à la mosquée, mais au dehors, à l’instar du Prophète. C’est pourquoi il existe en Afrique du Nord et surtout au Maroc où elles sont encore en usage, des mouçallas, ou oratoires en plein vent, délimités par un mur au milieu duquel se trouve une niche qui en est le mih’rab. En Algérie et Tunisie, la Prière se fait à la mosquée et les mouçallas sont en ruine. Un certain nombre de recommandations sont à noter : le fidèle multipliera les Tekbirs, il se préparera à cette journée en se sanctifiant durant la nuit par la Prière, il prendra ensuite un bain (ghousl), revêtira ses beaux habits, ira à pied au mouçalla et, au retour, prendra un autre chemin. Selon le célèbre Khalil et ses commentateurs, cette dernière recommandation est faite pour permettre à plus de pauvres de profiter des aumônes du croyant. Cette explication rationaliste est peu satisfaisante selon A. Bel : il y aurait eu là, primitivement, une idée magique, un rite d'expulsion du mal : on se débarrasse de son mal à l'aller et doit éviter de le reprendre au retour. Cette vieille idée des primitifs subsisterait ici, désormais incomprise. C’est ainsi que les considérations folkloriques viennent rendre un peu plus intéressantes, les discussions des casuistes musulmans — des talmudistes — de l'Islam. b) La distribution de l'aumône de la rupture du jeûne (zakat el fitr) La distribution de la Zakat el-fitr est spéciale à la fête de rupture du jeûne (Aid el Fit'r). Aux débuts de I'Islam, on s’est demandé si cette aumône n’avait pas été abrogée par la zekâa proprement dite, mais l’opinion contraire a prévalu et les deux zekkas ne se confondent nullement. Contrairement à l’impôt rituel, cette aumône est à la charge du chef de famille seul et consiste en nourriture courante à distribuer aux pauvres musulmans.
La fête de la rupture du jeûne en pratique : Cette fête se nomme "la petite" ('Aid esseghir) par rapport à la "grande" ('Aid el-kebir) du pèlerinage; mais, en fait, dans un peu tout l’Islam, même là où on jeûne peu, elle est bien la grande, car elle est célébrée avec beaucoup plus d’éclat que l’autre, peut être parce qu’elle marque la fin d’une période de tension particulière. C’est un jour de réconciliation; ce jour-là les musulmans se saluent réciproquement, même s’il ne se connaissent pas - ce qui rappelle la coutume des Russes pour Pâques. Auparavant, on a remis à neuf sa maison que l'on orne pour la fête, on prépare des pâtisseries de toutes sortes, on en offre même à ses amis infidèles; on s'habille de neuf. Au retour de la prière, le père de famille embrasse les siens, on se congratule, et, durant plusieurs jours, on va faire visite aux parents et amis. Voici une curieuse coutume : à la fin de la Prière il est d’usage, chez nous, de se presser autour du prédicateur pour l'embrasser ; on la trouve à l'autre extrémité du monde musulman en Indonésie; à Lombok, le premier qui serrera la main du prédicateur jouira de beaucoup de bonheur; d’autre part, en Menangkabau (Sumatra), la foule, au temps jadis, essayait de tuer le prédicateur qui s’enfuyait à chevaI (M. Joustra , Menangkabau, p: 167-158), et ce afin d’obtenir une bonne récolte de riz. Ainsi, l’étude sociologique nous entraîne bien loin des subtilités du fiqh jusqu’aux sombres coutumes étudiées par Frazer en son Rameau d’Or. L’aumône de rupture du jeûne est connue de la pratique et se transforme souvent pour la conscience du fidèle, en une obligation, mais elle s’écarte souvent, des prescriptions pures de la Loi. Ainsi on doit, par personne à la charge du père de famille, 4 moudds de nourriture courante (un moudd correspond à peu près à la capacité des deux mains jointes) mais maintenant, une commission fixe la valeur du moudds en monnaie, et les fidèles s’acquittent en espèces sur cette base.
Ces deux questions, étudiées en détail dans les livres de fiqh n'ont guère d'importances pour la sociologie du rituel musulman. Pour les jeûnes surérogatoires, on peut résumer à peu près ainsi le point de vue de la Loi : le jeûne est, en principe, toujours une œuvre pie par laquelle le fidèle acquiert des mérites, mais certains jours sont plus spécialement recommandés à cet effet, d'autres étant blâmés, voir interdits. Sont jours recommandés, entre autres, le jour d’Arafa (la veille de l'Aid El-Kebir) et celui du 10 Moharrem. A lire un recueil de fiqh, il serait impossible de se douter que ce jeûne Ià fut, primitivement, obligatoire, et que la fête non canonique, l'Achoura, qui y correspond, a fini par prendre une telle importance pratique, que le jeûne y tient bien la moindre place. II est blâmable, en rite Malékite, tout au moins, de choisir délibérément les trois jours de pleine lune dits "Jours blancs" (serait-ce par crainte de les voir, associés au culte de cet astre ?) et certains autres encore. Quant aux jeûnes interdits et non valables, ce sont : les jours des Deux fêtes, ainsi que les deux (ou trois) jours qui suivent la grande fête. En pratique, les jeûnes surérogatoires jouent un rôle très restreint, sauf pour les personnes très pieuses ; beaucoup n’en soupçonnent pas l’existence. En Afrique du Nord, le jeûne d’Achoura est connu, mais peu observé, sauf dans quelques villes (Kairouan, par exemple). La retraite spirituelle, ou ‘itikâf, est étudiée dans les livres de fiqh, à la suite du jeûne. Le fait de se retirer du monde pour un temps plus ou moins long et de se livrer en un lieu consacré, à des exercices spirituels, est répandu dans bien des religions, on le retrouve dans la Loi, mais sociologiquement, elle ne s'est guerre développée. L'institution est d'origine coranique, et probablement empruntée aux juifs et chrétiens, elle parait avoir alors été pratiquée en Ramadan, et aujourd'hui encore, c'est une période recommandée à cet effet, et il doit être accompli en jeûnant. C'est une œuvre pie au premier chef. II consiste, pour un fidèle ayant l’âge de discernement, à se retirer dans une mosquée sans en sortir, sinon pour s’abluer et accomplir ses besoins naturels, en formulant l'intention, en vue d'y jeûner et de s’adonner aux pratiques pieuses, en s’abstenant de relations sexuelles. En ce qui concerne les oeuvres pies à accomplir : l’opinion unanime des Ulémas recommande la Prière : la récitation du Corân, et les invocations pieuses jaculatoires, mais les différents rites ne sont pas d’accord sur la récitation faite à d’autres du Corân, des hadiths, ou du fiqh : certains le blâmant, d’autres recommandant plutôt l’enseignement à cette occasion. Cette pratique a été observée des temps les plus anciens jusqu’à nos jours, mais toujours assez rarement, à ce que je crois. De nos jours, la chose est rarissime et totalement inconnue à Alger : certains vieillards s’y livreraient peut-être... A toutes et tous : bonne fête ! Par Djaza, sociologue, pour WebArabic.com |
© 2000-2010 WebArabic. Tous droits réservés.
Copyright et crédits - Conditions d'utilisation - Hébergement : PA2i







Ajouter un commentaire