mbf | 23 août, 2008 15:16
Connue à travers le territoire national et même au nord de la mer Méditerranée, elle est courue par tous, aimée, cajolée, appréciée même par les jeunes gardiens de véhicules qui trouvent en ce lieu,
et durant tout le mois de ramadhan, un pactole non négligeable en « prenant soin » de la sécurité des voitures des clients.
Selon Mahmoud, fils de Khaled et petit-fils de ammi Ali, « la zlabia de
Boufarik appartient aux Aksil, originaires du village de Beni Ksila à 8
km de Béjaïa. » Un village quitté à la naissance de la ville de
Boufarik où l’aïeul est venu s’installer et instituer durant la période
de jeûne, la consommation d’un gâteau mielleux à qui est donné le nom
de « zlabia », un mot que la légende de la famille Aksil veut
s’approprier.
On dit qu’une femme de la grande famille était
enceinte et en l’entourant de petits soins, l’aïeule oubliera une pâte
sur le feu, pâte qui deviendra ce qui est connu aujourd’hui à partir de
l’interjection : « zella bia », signifiant : « le sort a agi contre
moi. »
Le bâtonnet de Boufarik est consommé même chez les
malades du CHU Frantz Fanon auxquels la famille Aksil n’oublie pas
d’envoyer plusieurs paquets, tout comme aux restaurants de la rahma et…
même aux prisonniers. La maman, khalti Saliha, rappellera également la
zlabia reçue par les moudjahidine et les moussebiline, en prison et
dans les montagnes ; ancienne combattante, la zlabia émigrera à Roubaix
en 1981 avec les frères Hamza et El Hadi, installés avec épouses et
enfants.
L’art de préparer cette friandise est le même depuis
des dizaines d’années et le regretté Caïd Khaled, père d’une multiple
progéniture composée de dix-sept enfants, dont trois décédés, ne voudra
jamais en changer le rituel. Disparu en 1998 à l’âge de 77 ans, il
avait toujours voulu bien manger et bien nourrir ses enfants qui
grandiront dans l’ambiance de la préparation de la zlabia et qui
attirera une clientèle venant chaque jour de ce mois sacré d’Alger, de
Tizi Ouzou, de Boumerdès, de Tipaza et qui a même ses adeptes dans
l’Oranie.
La composition de la pâte est tenue secrète et toutes
les tentatives pour pénétrer dans l’antre de l’« alchimiste » seront
vaines. Semoule, huile, sucre, sirop de miel, poêle, bassines,
entonnoir, louche, ciseaux, égouttoir, tabouna se trouvent dans la cour
arrière, mais des vigiles empêchent poliment le passage. Ambiance de
préparation, de cuisson, de chaleur et de vapeur se mélangent à la
vision d’une clientèle pressée, de réservation, d’énervement de la main
d’œuvre familiale. Cette dernière réquisitionne même les filles
devenues mères qui viennent à la rescousse durant tout le mois afin de
faire face à la nombreuse demande. « Leurs maris comprennent la
situation et nous laissent nos sœurs : c’est comme un contrat au moment
du mariage », dira dans un sourire Mahmoud. Carnet de commandes,
encaissement à l’avance pour certains, cohue aux heures précédant de
peu le f’tour dès ce premier jour de ramadhan de l’année 2006. La peine
des femmes se lit sur le visage de khalti Saliha qui n’hésitera pas à
dénoncer cette nécessité de garder un « art » en dépit du poids des
années, avec toujours le pétrin traditionnel, le même genre
d’ustensiles, les mêmes odeurs. A 75 ans, elle traîne derrière elle
plus de 55 ans de métier appris de sa belle-mère Z’hor : « les hommes
s’occupent de la vente et du contact avec la clientèle, et c’est aux
femmes de pétrir et de frire. à l’âge de 20 ans, j’avais déjà trois
enfants et des mains expertes qui ne cessèrent de remuer le mélange
sauf une seule fois, en 1986, car nous étions d’accord, mon défunt mari
et moi, pour ne pas travailler cette année-là, mais nous dûmes revenir
à la besogne dès l’année d’après, sur l’insistance d’une clientèle
fidèle et attachée à notre produit. » Il faut dire que le père ramenait
des montagnes de la région de Constantine le miel nécessaire à la
zlabia, et Mahmoud précisera que ce ne sera qu’en 1993 et à la suite
des événements vécus par le pays que cette sorte de commande de l’est
algérien s’arrêtera.
Faisant partie du décor de la meïda du
ramadhan, la zlabia des Aksil est répétée à l’infini par d’autres
familles qui veulent également s’approprier le label, mais le bouche à
oreille dans la région de la Mitidja impose le détour uniquement par le
55 de la rue Mokhtari.
Source: maghreb.msn.com
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